Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a appelé, jeudi 17 juillet, à des enquêtes impartiales sur les dizaines de morts signalées au Cachemire pakistanais, où des violences précédent les élections régionales prévues le 27 juillet 2026.
Dizaines de morts depuis juin
Volker Turk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, « appelle au calme au Cachemire pakistanais », a déclaré son porte-parole Jeremy Laurence devant la presse à Genève. Des dizaines de personnes, pour la plupart des manifestants mais aussi des membres des forces de sécurité, ont trouvé la mort depuis le mois de juin, à l’approche du scrutin pour l’Assemblée législative de la région fixé au 27 juillet. Les autorités locales n’ont pas communiqué de bilan officiel, mais des organisations de défense des droits humains font état d’au moins plusieurs dizaines de victimes, un chiffre que l’ONU juge préoccupant.
M. Turk demande des enquêtes « rapides, approfondies et impartiales sur tous les décès survenus lors des troubles, tant parmi les manifestants que parmi les membres des forces de sécurité », a précisé Jeremy Laurence. Le haut-commissaire a également exhorté toutes les parties à faire preuve de retenue et à éviter toute escalade de la violence dans cette région stratégique du sous-continent indien.
Le mouvement JAAC interdit
Les partisans de la Joint Awami Action Committee (JAAC), un mouvement contestataire qui réclame des réformes économiques et de gouvernance, ont poursuivi leurs manifestations malgré l’interdiction du groupe en juin au titre de la législation antiterroriste. Les autorités pakistanaises justifient cette mesure par une menace présumée pour l’ordre et la sécurité publics. Le JAAC, qui bénéficie d’un soutien populaire dans plusieurs villes de la région, dénonce une répression politique et un musellement de l’opposition.
Des affrontements violents entre la police et les manifestants du JAAC avaient déjà secoué cette région himalayenne en septembre 2025, faisant neuf morts confirmés selon des sources locales. La région du Cachemire pakistanais, également appelée Azad Cachemire, connaît des tensions récurrentes liées aux revendications économiques et à la gouvernance locale, sur fond de rivalité historique avec l’Inde.
Préoccupations sur les droits
Le bureau des droits de l’homme de l’ONU a dénoncé les récentes arrestations de plusieurs dirigeants du JAAC. La « criminalisation d’une organisation de la société civile et l’imposition de restrictions strictes aux rassemblements suscitent de sérieuses inquiétudes quant aux atteintes aux droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association », a averti le Haut-Commissariat dans sa déclaration publiée à Genève.
Il a appelé à ce que les dirigeants détenus du JAAC aient accès à une représentation légale et à leur famille, insistant sur le fait que « leurs droits à une procédure régulière et à un procès équitable doivent être pleinement garantis ». Les autorités judiciaires pakistanaises n’ont pas encore communiqué sur les chefs d’accusation retenus contre les personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire.
M. Laurence a également évoqué les restrictions d’accès à Internet dans la région, estimant qu’elles « restreignent de manière disproportionnée la jouissance du droit à la liberté d’expression ». Plusieurs opérateurs de télécommunications ont partiellement coupé l’accès aux réseaux sociaux et aux messageries ces dernières semaines, une mesure que les autorités justifient par des impératifs de sécurité. L’ONU appelle au rétablissement d’un accès complet à Internet et à un dialogue politique inclusif pour répondre aux griefs locaux.
Un territoire disputé
Le Cachemire, à majorité musulmane, est revendiqué dans son intégralité par l’Inde et le Pakistan, mais est divisé entre les deux puissances nucléaires depuis leur indépendance de l’Empire britannique en 1947. La zone est considérée comme hautement sensible par l’armée et le gouvernement pakistanais après des décennies d’escarmouches et de guerres avec l’Inde. L’ONU suit de près la situation dans la région et appelle régulièrement au dialogue entre les deux pays pour résoudre le différend territorial qui empoisonne leurs relations depuis près de quatre-vingts ans.
