Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé lundi 15 juin un appel urgent devant le Conseil des droits de l’homme à Genève. Le bilan des violences des gangs en Haïti atteint plus de 2 300 morts depuis le début de l’année 2026.
Pays le plus pauvre du continent américain, Haïti est rongé depuis plusieurs années par la violence des bandes criminelles. Meurtres, viols, pillages et enlèvements se multiplient dans la capitale Port-au-Prince et ses environs, où les gangs contrôlent de larges portions du territoire. La situation sécuritaire s’est détériorée après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, qui a créé un vide politique dont les groupes armés ont profité pour étendre leur emprise.

Un bilan humain qui s’alourdit
Selon les chiffres communiqués par Volker Türk devant le Conseil des droits de l’homme, les violences des gangs ont causé au moins 2 300 morts depuis janvier 2026. Le bilan inclut également 1 100 blessés et 99 enlèvements recensés sur la même période.
Des organisations locales font état de 699 personnes, principalement des femmes et des jeunes filles, victimes de violences sexuelles depuis le début de l’année, selon des données relayées par le Haut-Commissariat aux droits humains. Les gangs utilisent les violences sexuelles comme arme de terreur dans les quartiers qu’ils cherchent à contrôler, ont indiqué plusieurs organisations humanitaires présentes sur place.
Le précédent bilan communiqué par les Nations unies, qui couvrait la période allant de juillet à décembre 2025, faisait état d’environ 1 500 morts sur six mois. L’accélération du rythme des violences confirme une dégradation continue de la situation.
L’ONU appelle à une action judiciaire urgente
« Les autorités doivent agir rapidement pour mettre en place des structures judiciaires permettant de lutter contre l’impunité », a déclaré Volker Türk. Le Haut-Commissaire a souligné que l’absence de mécanismes judiciaires efficaces alimente le cycle de violences qui frappe la population haïtienne.
Le responsable onusien a également insisté sur la nécessité de déployer la Force de répression des gangs (FRG) « de toute urgence », tout en rappelant qu’elle doit « opérer dans le respect du droit international des droits de l’homme ». Cette exigence répond aux critiques formulées par des ONG qui redoutent des dérives dans les opérations de la nouvelle force.
Une nouvelle force internationale en cours de déploiement
La FRG, mandatée par le Conseil de sécurité de l’ONU en septembre 2025, remplace la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS). Elle pourra compter jusqu’à 5 500 personnels en uniforme, policiers et militaires, un changement notable par rapport à la MMAS qui était exclusivement policière.
Le déploiement s’effectue par phases. Le dernier contingent de policiers kényans de l’ancienne mission a quitté le pays fin avril 2026. La FRG devrait à terme inclure 1 500 militaires tchadiens, sous la coordination des États-Unis, pays leader du groupe des partenaires de la nouvelle force. Jack Christofides a été nommé représentant spécial le 23 avril devant le Conseil de sécurité.
La MMAS, déployée à l’automne 2024 sous mandat onusien, avait été critiquée pour son manque de moyens et son efficacité limitée face à des gangs lourdement armés. Le passage à une force incluant des composantes militaires marque un changement de stratégie de la communauté internationale.
La nouvelle force était toujours en phase de déploiement partiel à la date du 15 juin 2026. Aucun calendrier précis pour l’atteinte de sa pleine capacité opérationnelle n’a été communiqué par les Nations unies.
Les États voisins de la République dominicaine, qui partage l’île d’Hispaniola avec Haïti, suivent la situation avec attention. Les flux de réfugiés vers le territoire dominicain se sont intensifiés ces derniers mois, selon des sources diplomatiques.
