Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont signé mercredi 22 juillet un accord de coopération destiné à doter le royaume d’un programme nucléaire civil, alors que Washington est engagé dans un conflit armé avec l’Iran, rival régional de Ryad.
Le texte a été signé par le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, et son homologue saoudien, le prince Abdulaziz ben Salmane. Dans un communiqué, M. Wright indique que l’accord « jette les bases juridiques d’un partenariat de plusieurs décennies » visant à « renforcer les relations commerciales entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, à assurer la prospérité chez nous et la sécurité de nos alliés à l’étranger ». Le partenariat doit « développer les exportations américaines de technologies nucléaires » et « créer des emplois bien rémunérés aux États-Unis », précise le document.
L’accord ouvre la voie à la construction de centrales nucléaires en Arabie saoudite, qui dépend aujourd’hui principalement du gaz et du pétrole pour produire son électricité. Il doit encore être soumis au Congrès américain, où la majorité républicaine ne devrait pas s’y opposer.
Ces dernières années, Washington a cherché à intégrer tout accord sur le nucléaire saoudien dans une stratégie plus large incluant la normalisation des relations avec Israël et la signature d’un pacte de défense. L’Arabie saoudite insiste depuis longtemps sur son droit à développer un programme nucléaire civil, et l’administration Trump a fait de ce dossier une priorité diplomatique.
Une annonce en pleine guerre avec l’Iran
L’annonce intervient alors que les États-Unis sont en guerre contre l’Iran depuis fin février, aux côtés d’Israël. Washington a notamment justifié cette intervention par la volonté d’empêcher Téhéran de se doter de l’arme atomique. La République islamique nie cette intention mais défend son droit au nucléaire civil. L’Arabie saoudite, rival régional de l’Iran, insiste depuis longtemps sur son droit à développer un programme nucléaire civil.
Réactions et critiques
Le PDG de Westinghouse Nuclear, Dan Sumner, a salué auprès de CNBC une « étape majeure » qui va « renforcer la sécurité énergétique et accroître les opportunités pour l’industrie américaine ». À l’inverse, le sénateur démocrate Chris Murphy a estimé que cet accord risque de « déclencher une course nucléaire dans la région, dissuadant davantage l’Iran de limiter son propre programme ». Il y voit une « preuve supplémentaire que Trump n’est totalement pas sérieux concernant la conclusion d’un accord nucléaire avec l’Iran ».
Le sénateur Bernie Sanders, figure de la gauche américaine, a relevé que Donald Trump justifie « sa guerre contre l’Iran comme un moyen d’empêcher un pays autoritaire d’enrichir du combustible nucléaire » mais « laisse ses meilleurs amis en Arabie saoudite faire exactement cela ».
La question de l’enrichissement d’uranium
Selon le Wall Street Journal, une clause prévoit que des entreprises américaines pourraient construire un complexe d’enrichissement d’uranium en Arabie saoudite, si une étude conjointe établit qu’il est justifié. Le département américain de l’Énergie met en avant le respect des « normes les plus strictes en matière de sûreté nucléaire et de non-prolifération ».
Matthew Kroenig, ancien responsable du ministère de la Défense et chercheur à l’Atlantic Council, a jugé qu’il serait « une erreur d’autoriser l’enrichissement en Arabie saoudite ». Des parlementaires américains, républicains comme démocrates, ainsi que des responsables israéliens, ont exprimé leur opposition à tout projet nucléaire civil dans le royaume, craignant qu’il ne serve à développer des armes nucléaires.
Interrogé mercredi à Manille, en marge d’une réunion de l’Asean, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a refusé de confirmer l’existence d’un tel accord, tout en assurant que les États-Unis « ne concluraient jamais d’accord avec un pays dans le monde qui conduirait à un risque de prolifération ».
Les Émirats arabes unis ont signé un accord nucléaire similaire avec les États-Unis en 2009, sans toutefois enrichir d’uranium.
