Les Etats-Unis ont annonce mercredi 23 juillet un accord avec l’Arabie saoudite pour doter le royaume d’un programme nucleaire civil, tout en assurant prevoir des garde-fous contre la proliferation au coeur du conflit avec l’Iran.
Le ministre americain de l’Energie, Chris Wright, et son homologue saoudien, le prince Abdulaziz ben Salmane, ont signe l’accord mercredi. Dans un communique, M. Wright affirme que le texte « jette les bases juridiques d’un partenariat de plusieurs decennies » visant a « renforcer les relations commerciales entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, a assurer la prosperite chez nous et la securite de nos allies a l’etranger ».
Le partenariat permettra « developper les exportations americaines de technologies nucleaires » et de « creer des emplois bien remuneres aux Etats-Unis », precise le document. Il ouvre la voie a la construction de centrales nucleaires en Arabie saoudite, qui depend pour l’heure des centrales au gaz et au petrole pour produire son electricite.
L’accord doit encore etre soumis au Congres americain, mais celui-ci, a majorite republicaine, ne devrait pas s’opposer a sa mise en oeuvre. Selon le Wall Street Journal, une clause prevoit que des entreprises americaines construisent un complexe d’enrichissement d’uranium en Arabie saoudite, si une etude conjointe etablit qu’il est justifie. Le ministere americain met en avant le respect des « normes les plus strictes en matiere de surete nucleaire et de non-proliferation ».
Un accord au coeur du conflit americano-iranien
L’annonce intervient alors que le conflit arme a repris entre les Etats-Unis et l’Iran, rival regional de Ryad. En entrant en guerre au cote d’Israel fin fevrier, Washington a notamment dit vouloir empecher definitivement Teheran de se doter de l’arme atomique. La Republique islamique nie cette intention et defend son droit au nucleaire civil.
Le senateur democrate Chris Murphy a regrette que cette entente risque de « declencher une course nucleaire dans la region, dissuadant davantage l’Iran de limiter son propre programme ». Le senateur Bernie Sanders a releve que Donald Trump justifiait « sa guerre contre l’Iran comme un moyen d’empecher un pays autoritaire d’enrichir du combustible nucleaire » et l’accuse de laisser l’Arabie saoudite faire « exactement cela ».
Interroge mercredi a Manille, en marge d’une reunion de l’Asean, le secretaire d’Etat americain Marco Rubio a refuse de confirmer l’existence d’un tel accord. Il a toutefois assure que les Etats-Unis « ne concluraient jamais d’accord avec un pays dans le monde qui conduirait a un risque de proliferation » nucleaire.
Des craintes de proliferation dans la region
Matthew Kroenig, ancien responsable du ministere de la Defense et chercheur a l’Atlantic Council, a estime que « Washington a raison de renforcer ses relations avec Ryad, mais cela ne doit pas se faire au detriment de l’efficacite de ses normes en matiere de non-proliferation ». « Ce serait donc une erreur d’autoriser l’enrichissement en Arabie saoudite », a-t-il insiste. Des parlementaires americains, republicains comme democrates, ainsi que des responsables israeliens, ont exprime leur opposition a tout projet nucleaire civil saoudien susceptible d’etre detourne vers un usage militaire.
Le constructeur americain de reacteurs nucleaires Westinghouse a vu son action bondir de plus de 10 % a Wall Street apres les premieres informations. Son PDG Dan Sumner a qualifie l’accord « d’etape majeure », estimant qu’il allait renforcer la securite energetique et accroitre les opportunites pour l’industrie americaine.
Les Etats-Unis ont deja signe en 2009 un accord nucleaire avec les Emirats arabes unis, voisin de l’Arabie saoudite, mais Abou Dhabi n’enrichit pas d’uranium. L’Arabie saoudite insiste depuis longtemps sur son droit au nucleaire civil et a conclu avec l’Agence internationale de l’energie atomique un accord de garanties lie au traite de non-proliferation, date du 16 fevrier 2009.
Cote israelien, des responsables ont mis en garde contre une course aux armements nucleaires au Moyen-Orient. Le Jerusalem Post rapporte que des responsables israeliens estiment que l’accord pourrait encourager d’autres pays de la region a reclamer des programmes similaires, compromettant la politique de dissuasion regionale d’Israel.