Alphabet, la maison mère de Google, conçoit un nouveau processeur serveur dédié à ses modèles d’intelligence artificielle Gemini. La puce, baptisée Frozen v2, pourrait offrir un gain d’efficacité de 6 à 10 fois par rapport aux puces actuelles, selon The Information, confirmé par TechCrunch et Reuters.
Un gain d’efficacité prometteur
Selon des informations publiées par The Information, citant des sources proches du dossier, Alphabet développe un processeur nommé Frozen v2 dont la sortie est envisagée pour 2028. La puce serait conçue pour exécuter les modèles Gemini avec une efficacité énergétique comprise entre 6 et 10 fois supérieure à celle des processeurs existants de Google, mesurée en nombre de tokens générés par unité de puissance consommée. Le design de Frozen v2 graverait directement certains composants de l’architecture Gemini dans le silicium, une approche dite de « hardwiring » qui permet de réduire la consommation électrique pour les opérations d’inférence les plus fréquentes.
Interrogé par TechCrunch, Google n’a pas confirmé le rapport directement. « Nos équipes recherchent et expérimentent en permanence de nouvelles innovations pour offrir des performances et une efficacité maximales à nos utilisateurs et clients », a déclaré l’entreprise. « Même si tous les projets n’aboutissent pas à une production, cette exploration rigoureuse est au cœur de notre approche intégrée. » En concevant conjointement ses composants matériels et logiciels, Google assure une optimisation poussée pour les charges de travail réelles, a ajouté le groupe.
Stratégie de souveraineté technologique
Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large. Les entreprises d’IA multiplient les conceptions de puces propriétaires pour améliorer l’efficacité de leurs modèles et contourner les pénuries mondiales de capacités de calcul. L’efficacité est devenue un argument commercial déterminant, les inquiétudes concernant les dépenses d’IA ayant tempéré l’euphorie qui caractérisait le secteur jusqu’en 2025. Chaque watt économisé représente des centaines de millions de dollars d’économies pour les opérateurs de centres de données.
La volonté de réduire la dépendance à Nvidia constitue un autre moteur. Le fabricant américain de puces domine historiquement le marché des processeurs d’IA, laissant les grands groupes technologiques vulnérables aux tensions sur l’approvisionnement et aux hausses de prix. Google dispose déjà de sa gamme de processeurs Tensor Processing Unit (TPU), mais Frozen v2 représente une évolution en étant spécifiquement optimisé pour l’architecture Gemini plutôt que pour des charges de travail généralistes.
La course aux puces internes
En juin, OpenAI a présenté son premier circuit d’inférence sur mesure, baptisé Jalapeño, développé en partenariat avec Broadcom. Début juillet, Anthropic discutait avec Samsung d’un partenariat pour la fabrication de ses propres puces. Amazon, de son côté, développe ses puces Trainium et Inferentia pour ses services AWS. Microsoft conçoit ses accélérateurs Maia. Chaque grand acteur du secteur cherche à internaliser la conception de silicium pour l’IA.
Un enjeu financier
Les investisseurs surveillent de près les dépenses d’Alphabet dans l’IA. Google a annoncé prévoir entre 180 et 190 milliards de dollars d’investissements. L’annonce du projet Frozen v2 a eu un effet positif sur le marché : l’action Alphabet a gagné environ 3 % lundi 20 juillet. Cette hausse intervient avant la publication des résultats trimestriels attendus plus tard dans la semaine, qui devraient donner des indications supplémentaires sur la rentabilité des investissements du groupe dans l’intelligence artificielle.
