La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, va présenter sa démission au président de la République d’ici le Conseil des ministres du mercredi 22 juillet. Après l’adoption définitive du projet de loi d’urgence agricole, la ministre a fait savoir qu’elle n’avait « pas d’autre option ».
Le Sénat a définitivement adopté, mardi 21 juillet, le projet de loi d’urgence agricole, un texte de près de 70 articles portant sur la souveraineté alimentaire, la gestion de l’eau, l’élevage et les pesticides. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a salué un texte qui va « apporter des solutions concrètes, visibles, tangibles aux difficultés du quotidien de nos agriculteurs ».
Monique Barbut, en poste depuis octobre 2025, a exprimé son profond désaccord avec plusieurs dispositions du texte, notamment la réintroduction à titre dérogatoire de pesticides autorisés dans l’Union européenne mais interdits en France. Le texte permet à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de réintégrer sous condition l’acétamipride et le flupyradifurone pour une poignée de filières en difficulté, comme la noisette pour l’acétamipride. Ces deux substances, autorisées dans d’autres États membres de l’UE, étaient interdites en France depuis plusieurs années pour des motifs environnementaux.
« Dans ma tête, je n’ai pas d’autre option que de remettre ma démission. Soit vous êtes ministre, soit vous ne l’êtes pas. Aujourd’hui, dans ma tête, je suis partie demain », a déclaré la ministre lors d’un petit comité mardi soir. Interrogée sur un éventuel refus de sa démission par le chef de l’État, elle a précisé : « Si ma démission est acceptée, je pars. Si ma démission est refusée, ça dépend de ce qui est dit et de comment c’est dit demain. »
Selon l’entourage de la ministre, plus encore que la question de l’acétamipride, c’est « le refus du gouvernement d’en débattre » qui a précipité la décision. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s’était pourtant engagé publiquement à ne pas inscrire l’acétamipride dans le texte, selon une source proche du dossier. Lundi, il a annoncé qu’il ne déposerait pas d’amendement pour supprimer cette dérogation, qui avait été introduite par amendement parlementaire puis conservée en commission mixte paritaire.
La mesure sur les pesticides était devenue le symbole d’un texte controversé. La Ligue de protection des oiseaux a dénoncé une « catastrophe » et « un recul environnemental conséquent ». Plusieurs associations écologistes avaient appelé la ministre à ne pas cautionner le texte. Monique Barbut, ancienne haute fonctionnaire sans expérience électorale, était perçue comme une ministre technicienne, isolée au sein d’un exécutif dominé par les préoccupations économiques et agricoles.
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a invité la ministre « à être fidèle à ce qu’elle est et à ce qu’elle a toujours porté, en étant en cohérence avec elle-même ». Monique Barbut a été reçue mardi à la mi-journée à Matignon par le Premier ministre. L’issue de la séquence reste ouverte : l’entourage de la ministre évoque la possibilité que le président de la République tente de la convaincre de rester, tandis que l’opposition anticipe un départ qui fragiliserait la majorité sur les sujets environnementaux.
Monique Barbut était la seule femme du gouvernement issue de la société civile, nommée en octobre 2025 sans étiquette politique. Son départ contraindrait l’exécutif à recomposer le ministère de la Transition écologique en pleine crise climatique, alors que la France connaît un épisode de chaleur intense et que plusieurs incendies ravagent le sud du pays. La question de son remplacement n’a pas été évoquée officiellement.
Le projet de loi d’urgence agricole, porté par le gouvernement depuis plusieurs semaines, visait à répondre à la crise de revenus du monde agricole et à simplifier les normes environnementales. Ses détracteurs y voient un recul majeur sur la régulation des pesticides et la protection de la biodiversité. Le texte a été adopté par 203 voix contre 98 à l’Assemblée nationale, puis par le Sénat mardi en termes identiques.
