Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, a annoncé qu’elle présentera sa démission d’ici au conseil des ministres de mercredi 23 juillet, a indiqué son entourage. La ministre avait manifesté son désaccord avec le projet de loi d’urgence agricole.
Selon des sources proches du ministère, Mme Barbut, en poste depuis février 2025, a pris cette décision après l’adoption définitive du texte par le Parlement, le 21 juillet. La loi d’urgence agricole, portée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, prévoit notamment la réintroduction à titre dérogatoire et sous conditions de deux pesticides interdits en France, une mesure que la ministre de la Transition écologique refusait de soutenir.
La proposition de loi, adoptée dans une Assemblée nationale fracturée sur la question des pesticides, autorise la réutilisation temporaire de certains produits phytosanitaires dont l’interdiction était pourtant actée. Les organisations environnementales et une partie de la majorité dénoncent un recul sanitaire et écologique, tandis que le gouvernement argue de la nécessité de soutenir une filière agricole en difficulté.
Monique Barbut, ancienne présidente du Fonds mondial pour la nature (WWF) France, avait été nommée ministre de la Transition écologique dans le gouvernement dirigé par François Bayrou en février 2025. Elle était perçue comme une figure garantissant la continuité des engagements climatiques de la France au sein d’un exécutif où les arbitrages économiques prenaient un poids croissant.
Le désaccord couvait depuis plusieurs semaines. Dès la présentation du projet de loi d’urgence agricole en juin, la ministre avait fait part de ses réserves sur le volet pesticides. Le texte a été adopté après un parcours parlementaire chaotique, marqué par l’absence de vote sur le maintien ou la suppression de la dérogation aux pesticides, une décision assumée par Matignon.
Le départ de la ministre devrait être officialisé lors du conseil des ministres de mercredi. Son remplacement n’a pas encore été annoncé. La question de la réintroduction des pesticides interdits continue de diviser la majorité, plusieurs députés ayant exprimé leur malaise face à une mesure perçue comme un signal négatif pour la transition écologique. Le choix du successeur de Mme Barbut sera scruté comme un indicateur de la ligne que souhaite adopter l’exécutif sur les sujets climatiques, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Le Rassemblement national et Les Républicains ont salué l’adoption de la loi et critiqué le départ de Mme Barbut, y voyant la preuve d’une écologie déconnectée des réalités agricoles. À gauche, Les Écologistes et La France insoumise ont au contraire appelé à durcir le texte et dénoncé un sacrifice de la santé publique sur l’autel du lobbying agricole. Plusieurs associations environnementales ont salué la cohérence de la ministre tout en déplorant les circonstances de son départ.
Les deux pesticides concernés par la dérogation, dont les noms n’ont pas été officiellement communiqués, faisaient partie des substances actives retirées du marché français dans le cadre du plan Écophyto, qui visait à réduire de 50 % l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2025. Leur retour, même temporaire, a été dénoncé par plusieurs organisations non gouvernementales comme une rupture de la trajectoire écologique française. Le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de répondre à une crise agricole aiguë, marquée par des récoltes en baisse et une pression économique croissante sur les exploitants.
Ce départ constitue le premier remaniement contraint du gouvernement Lecornu depuis sa formation. Il intervient dans un climat politique tendu, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027. Le débat sur l’équilibre entre productivité agricole et impératifs écologiques promet de marquer la rentrée parlementaire de septembre. Le nom du successeur de Mme Barbut au ministère de la Transition écologique n’a pas encore filtré dans l’entourage de l’exécutif.
