Mistral AI, la start-up française d’intelligence artificielle fondée en 2023, est en discussions préliminaires pour une levée de fonds d’environ 3 milliards d’euros, a rapporté Bloomberg le 12 juin 2026. L’opération valoriserait l’entreprise à près de 20 milliards d’euros, presque le double de sa précédente valorisation.
Selon des sources proches du dossier citées par Bloomberg et confirmées par TechCrunch, les négociations en sont encore à un stade précoce et les termes pourraient évoluer. Mistral AI n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Une valorisation en forte progression
En septembre 2025, Mistral avait bouclé une levée de fonds de série C de 1,7 milliard d’euros, pour une valorisation de 11,7 milliards d’euros. Cette opération était menée par le fabricant néerlandais de semi-conducteurs ASML, qui avait investi 1,3 milliard d’euros pour une participation de 11 %.
Depuis sa création par Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, trois chercheurs passés par Meta et Google DeepMind, la société a levé plus de 2,8 milliards d’euros en fonds propres, selon les données de PitchBook rapportées par TechCrunch. Ses investisseurs incluent également Nvidia, Andreessen Horowitz, General Catalyst et Bpifrance, la banque publique d’investissement française.
Avec cette nouvelle levée potentielle, le total des financements, dette incluse, approcherait les 6,5 milliards d’euros. En mars 2026, Mistral avait déjà obtenu 830 millions de dollars de dette pour financer la construction d’un centre de données près de Paris.
Une stratégie de souveraineté européenne
Mistral se positionne comme une alternative européenne aux laboratoires américains d’intelligence artificielle. L’entreprise propose certains de ses grands modèles de langage en « poids ouverts », permettant aux utilisateurs de les adapter à leurs besoins, contrairement aux modèles fermés proposés par OpenAI ou Anthropic.
Parmi ses partenaires figurent l’armée française, le gouvernement du Luxembourg et des entreprises industrielles comme ASML et Helsing. La société a également lancé une initiative, baptisée Mistral Compute, qui vise une capacité de calcul pouvant atteindre 1 gigawatt en Europe d’ici 2030. Cette infrastructure est destinée à entraîner ses propres modèles comme à servir des clients tiers.
Le contexte géopolitique, marqué par une volonté de distance entre l’Europe et les entreprises technologiques américaines, place Mistral au centre d’un écosystème européen qui cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs d’IA d’outre-Atlantique.
Un écart persistant avec les concurrents américains
Malgré sa croissance rapide, Mistral reste loin des montants levés par ses rivaux américains. OpenAI a levé 186 milliards de dollars au total et Anthropic 161,25 milliards, selon les chiffres compilés par TechCrunch. Les laboratoires américains dominent en matière de revenus, d’adoption de modèles et de demande des entreprises. Les écarts de financement reflètent un marché de l’IA où les acteurs les plus capitalisés accélèrent leurs investissements dans les infrastructures de calcul.
Si le nouveau tour de table se confirme, il constituerait toutefois l’une des plus importantes levées de fonds jamais réalisées par une entreprise technologique européenne. Les prochaines semaines devraient préciser l’identité des investisseurs et les conditions définitives de l’opération.
