Entre 50 et 60 sans-abri et militants associatifs se sont rassemblés samedi 13 juin devant l’hôtel de ville de La Rochelle pour protester contre l’application d’arrêtés antimendicité par la municipalité.
Cette mobilisation intervient deux semaines après un premier rassemblement qui avait réuni plus de 100 personnes, selon les organisateurs. Les associations La Soupe Solidaire et Le Tôi Kétatous figuraient parmi les participants. Plusieurs manifestants ont menacé d’organiser un sit-in nocturne si leurs revendications n’étaient pas entendues.
« On nous enlève le peu qu’on a : pouvoir faire la manche, avoir des couvertures », a déclaré Laurent Maurisson, 54 ans, qui vit dans la rue, cité par Charente Libre. Un autre sans-abri, prénommé Robin, a indiqué avoir dû cesser de faire la manche devant un supermarché après avoir été éloigné par la police.
Les arrêtés contestés sont au nombre de deux. Ils ont été adoptés en 2023 et 2025 par les équipes municipales précédentes, dirigées par Jean-François Fountaine puis Thibaut Guiraud. Ces textes interdisent toute occupation des rues accompagnée de sollicitations ou de quêtes, ainsi que la détention de contenants d’alcool ouverts dans certaines artères du centre-ville, entre 9 heures et 22 heures.
Selon les associations, ces arrêtés étaient jusqu’ici peu appliqués. Leur mise en œuvre s’est renforcée depuis l’élection du nouveau maire, Olivier Falorni (divers gauche). Les manifestants font état de contraventions plus fréquentes et d’interventions de la police municipale qu’ils jugent disproportionnées.
La mairie invoque la tranquillité publique
La municipalité réfute toute volonté de cibler les personnes sans-abri. Elle affirme que ces mesures s’appliquent à l’ensemble de la population et répondent à des plaintes de riverains du centre-ville. Olivier Falorni a rencontré les associations jeudi 11 juin pour évoquer le dossier.
« Notre politique est de tendre la main à ceux en bord du chemin, mais d’être intraitable avec ceux qui se mettent en travers du chemin des autres », a déclaré le maire lors du conseil municipal du 18 mai. Il a précisé que certains sans-abri étaient déjà logés dans le parc HLM de la ville et n’a pas exclu de prendre de nouveaux arrêtés pour garantir la tranquillité publique.
Un débat houleux au conseil municipal
La question a occupé la première heure du conseil municipal du 18 mai. L’opposition, emmenée par Maryline Simoné (La Rochelle Unie, gauche), a qualifié ces mesures de « faute politique et humaine » et demandé l’arrêt immédiat des verbalisations et des expulsions.
L’ancienne adjointe Brigitte Desveaux, issue de la majorité précédente, a reconnu que les arrêtés avaient initialement été conçus comme un outil dissuasif, mais qu’ils donnaient désormais lieu à une « pluie de PV », les policiers municipaux ayant reçu pour instruction de verbaliser massivement. Le débat doit se poursuivre au sein du Centre communal d’action sociale (CCAS).
Une « Nuit des allongés » en préparation
Les organisateurs de la mobilisation de samedi prévoient une « Nuit des allongés » samedi prochain, un sit-in nocturne sur la voie publique en référence à une mobilisation des années 1970 contre le maire de l’époque, Michel Crépeau, qui avait finalement retiré son arrêté antimendicité. Une grève de la faim impliquant directement des personnes sans-abri est également envisagée pour la fin du mois de juin si la situation n’évolue pas.
Selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, la France comptait environ 350 000 personnes sans domicile fixe en 2025, un chiffre en augmentation constante depuis le début des années 2010. La Rochelle n’est pas la première ville française à voir ses arrêtés antimendicité contestés : des recours similaires ont été déposés à Bayonne, Angoulême ou encore Saintes ces dernières années.
