L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a adressé le 12 juin 2026 une mise en demeure à la chaîne d’information CNews pour manquement à l’exigence d’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion. La décision a été rendue publique le 15 juin 2026.
Une analyse de 168 heures de programmes
La décision s’appuie sur l’examen de 168 heures d’émissions d’information diffusées en mars 2025. L’Arcom a retenu les programmes ayant réuni le plus grand nombre de téléspectateurs, représentant plus de la moitié de l’audience de la chaîne sur cette période.
Le régulateur a constaté, sur l’ensemble de la programmation analysée, un déséquilibre manifeste et durable dans l’expression des points de vue. Les échanges en plateau font apparaître la prédominance d’un même cadre d’interprétation de l’actualité, selon le communiqué publié par l’Arcom.
Cinq thématiques sous la loupe du régulateur
Les programmes de CNews en mars 2025 étaient dominés par cinq thématiques : la sécurité, la guerre entre l’Ukraine et la Russie, le parti La France insoumise (LFI), les relations franco-algériennes et l’actualité politique nationale.
L’Arcom relève que plusieurs sujets ont été traités de façon univoque, sans contradiction significative. La religion musulmane a été présentée, selon le régulateur, comme une menace pour la société française. L’immigration a été associée de manière récurrente à la montée de l’insécurité. Le fonctionnement de l’institution judiciaire a fait l’objet d’une forte défiance dans les commentaires. La France insoumise a été visée par des mises en cause qualifiées de particulièrement vives, sans que des opinions divergentes soient substantiellement exprimées.
Le rôle des animateurs explicitement pointé
L’organisation des débats, et notamment le rôle des animateurs, est mise en cause par l’Arcom. Le régulateur estime que le point de vue des animateurs structure fréquemment l’ensemble des échanges. Les intervenants proposant une analyse contraire ou plus nuancée disposent d’un temps d’expression plus limité, ou voient leurs arguments écartés sans débat contradictoire.
L’Arcom précise que la présentation et la contextualisation des faits occupent une place secondaire par rapport au commentaire. Ce positionnement conduit, selon l’autorité, à un traitement de l’actualité qui tend à se confondre avec son commentaire.
La première application d’une délibération de juillet 2024
Cette mise en demeure est la première application de la délibération du 17 juillet 2024. Ce texte a étendu le contrôle du pluralisme au-delà du seul temps de parole des personnalités politiques, conformément à une décision du Conseil d’État rendue en février 2024.
L’association Reporters sans frontières (RSF) avait saisi l’Arcom en janvier 2026. Elle dénonçait ce qu’elle qualifiait de déséquilibre structurel sur la chaîne. RSF a salué, le 15 juin, une décision qu’elle juge sans précédent.
Le 11 juin 2026, l’Arcom avait également mis en demeure France Inter et Franceinfo pour sous-représentation du Rassemblement national dans leurs programmes, sur la période de janvier à mars 2026. Radio France a reconnu une erreur technique liée à un changement de logiciel.
Vers une possible procédure de sanction
L’Arcom a annoncé la mise en place d’une veille sur le respect du pluralisme élargi par les quatre chaînes nationales d’information en continu : CNews, BFMTV, Franceinfo et LCI. Cette surveillance intervient dans la perspective des élections nationales à venir.
La délibération du 17 juillet 2024 avait été adoptée après une décision du Conseil d’État enjoignant au régulateur de renforcer son contrôle. Le pluralisme élargi impose désormais aux chaînes de ne pas exposer de manière disproportionnée un seul courant de pensée, même si le temps de parole des personnalités politiques est formellement équilibré.
La chaîne CNews est propriété du groupe Canal+, filiale du groupe Vivendi contrôlé par Vincent Bolloré. Selon RSF, CNews est la seule chaîne d’information française à s’éloigner de manière manifeste, durable et intentionnelle des critères de pluralisme.
