Un ressortissant biélorusse de 48 ans a été interpellé le 3 juin près de Toulouse alors qu’il filmait un prototype de drone de l’entreprise Delair, fournisseur des armées française et ukrainienne. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) enquête pour ingérence étrangère, possiblement russe.
Des cocktails Molotov contre une usine stratégique
L’entreprise Delair, installée à Balma (Haute-Garonne), a été la cible de cocktails Molotov dans la nuit du 1er juin 2026. Selon des images de vidéosurveillance, plusieurs silhouettes ont lancé des engins incendiaires à l’arrière du bâtiment, sans faire de blessés. Fondée en 2011, Delair fabrique des drones civils et militaires, dont le modèle UX11, utilisé pour des missions de reconnaissance et de surveillance. L’entreprise emploie environ 170 salariés et a connu une croissance rapide depuis le début du conflit ukrainien.
Le parquet de Toulouse a ouvert une enquête pour « destruction par moyen dangereux pour les personnes », confiée à la section de recherche de la gendarmerie. Selon David Charmatz, procureur de la République de Toulouse, la procédure a été confiée à la gendarmerie « compte tenu de la nature de l’entreprise visée ». L’affaire a été révélée par Le Parisien dans ses éditions du 19 juin.
Un suspect interpellé en flagrant délit
Trois jours après l’attaque, le 3 juin, un ressortissant biélorusse de 48 ans a été arrêté par les gendarmes aux abords de l’usine de Balma. L’homme, domicilié en Espagne, avait été repéré à plusieurs reprises autour du site de Balma dans les jours précédant son interpellation. Au moment de son arrestation, il filmait un prototype de drone à l’aide de son téléphone portable, selon les éléments communiqués par le parquet.
Transféré à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le suspect a été placé en garde à vue par la DGSI, qui a pris le relais des enquêteurs toulousains. Les investigations « ont établi qu’il aurait envoyé une vidéo à un interlocuteur en Russie », a précisé le parquet de Paris. Les enquêteurs cherchent à déterminer si cet homme agissait dans le cadre d’un réseau organisé piloté depuis l’étranger. L’arrestation a eu lieu dans un contexte de vigilance accrue des services de renseignement français autour des sites industriels sensibles.
Un contexte élargi de sabotage et d’espionnage
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tentatives de sabotage et d’espionnage sur le sol français attribuées à la Russie. Selon les informations du Monde datées du 19 juin, d’autres enquêtes sont en cours visant des individus soupçonnés de préparer des sabotages, pilotés depuis Moscou. Le quotidien évoque plusieurs dossiers suivis par les services de renseignement français, sans en détailler la nature exacte à ce stade. Le Monde précise que le contre-espionnage a procédé à au moins une interpellation début juin pour des faits de surveillance et de captation d’images sur un site sensible, en lien avec cette même enquête.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les pays européens ont fait état d’une recrudescence d’actes d’ingérence, de sabotage et d’espionnage sur leur territoire. En France, plusieurs affaires ont été rendues publiques ces derniers mois, allant de la désinformation en ligne à des actions physiques contre des infrastructures stratégiques. Les autorités françaises n’ont pas communiqué officiellement sur l’ensemble des enquêtes en cours.
Le parquet de Paris, qui supervise l’enquête sur l’affaire Delair, n’a pas encore précisé la qualification pénale définitive retenue contre le suspect biélorusse. L’homme reste en garde à vue dans les locaux de la DGSI. L’enquête se poursuit pour déterminer d’éventuels liens avec d’autres tentatives de déstabilisation sur le territoire national, alors que les services de renseignement européens alertent régulièrement sur la multiplication des menaces hybrides en provenance de Russie.
