Dans un entretien accordé à Bloomberg, Meredith Whittaker, présidente de l’application de messagerie sécurisée Signal, a mis en garde contre les risques des chatbots alimentés par l’intelligence artificielle et des assistants IA qui réclament un accès toujours plus large aux données personnelles.
Interrogée sur les implications des chatbots comme ChatGPT ou Claude en matière de vie privée, Meredith Whittaker a livré une réponse sans ambiguïté. « Ce ne sont pas vos amis, a-t-elle déclaré. Ce ne sont pas des êtres conscients. Ce ne sont pas des interlocuteurs doués de raison. »
La dirigeante de Signal a reconnu utiliser ponctuellement des outils d’IA, « pour mettre en forme un document, de temps à autre ». Mais elle a tenu à marquer sa distance avec une utilisation plus extensive. « Je ne leur pose pas de questions. Je prends très au sérieux ma réflexion et mon écriture, et je ne veux pas que le processus de maturation d’une idée soit court-circuité ou éclipsé par la réponse d’un système qui fait la moyenne de ce qui existe déjà », a-t-elle expliqué auprès de Bloomberg.
Les déclarations de Meredith Whittaker interviennent dans un contexte de déploiement accéléré des assistants IA par les grandes entreprises technologiques. En juin 2026, Microsoft a notamment présenté Copilot comme un assistant capable de gérer les achats de Noël à la place des utilisateurs, en accédant aux conversations de groupe familiales pour déterminer les souhaits de chacun.
Interrogée sur ce scénario, la présidente de Signal a estimé qu’il impliquerait de donner à l’assistant IA « l’accès à ma carte de crédit, à mon navigateur, à mon Signal, la possibilité de contacter mes frères et sœurs en mon nom, mon adresse personnelle et mon calendrier ». Un niveau d’accès qu’elle juge problématique. « Ce que vous venez de décrire, c’est un système disposant d’un accès très large à travers de multiples applications et services », a-t-elle analysé.
Pour Meredith Whittaker, un tel scénario constituerait, « dans le contexte de Signal, une forme de porte dérobée ». Une prise de position qui intervient alors que les débats s’intensifient autour de la régulation des IA et de la protection des données personnelles aux États-Unis comme en Europe.
L’entretien de Meredith Whittaker avec Bloomberg a également abordé les pressions réglementaires exercées sur Signal, en particulier au Royaume-Uni où le gouvernement a proposé un cadre de surveillance des messageries chiffrées. La dirigeante a réaffirmé l’engagement de l’application à ne pas compromettre le chiffrement de bout en bout, quitte à se retirer du marché britannique.
L’essor des assistants IA capables d’interagir avec des applications tierces suscite des interrogations croissantes parmi les défenseurs de la vie privée. Des entreprises comme Microsoft, Google et OpenAI multiplient les intégrations entre leurs modèles de langage et les services du quotidien (messagerie, calendrier, courrier électronique). Pour Whittaker, ce mouvement soulève des questions fondamentales sur la souveraineté des utilisateurs sur leurs données.
Signal, application de messagerie chiffrée plébiscitée pour son respect de la vie privée, revendique des dizaines de millions d’utilisateurs dans le monde. L’organisation à but non lucratif qui la gère a fait de la protection des données personnelles son principal argument face aux géants de la messagerie comme WhatsApp ou Telegram. Les déclarations de sa présidente trouvent un écho particulier à l’approche de l’entrée en vigueur de nouvelles réglementations européennes sur l’intelligence artificielle.
