La marque d’eau minérale Volvic a été condamnée par le tribunal judiciaire de Paris pour pratiques commerciales trompeuses, pour avoir présenté ses bouteilles comme « neutres en carbone » et « 100 % recyclables ». L’entreprise devra verser 75 000 euros de dommages et intérêts à l’association de consommateurs CLCV.
Le jugement, rendu par le tribunal judiciaire de Paris, a été consulté par l’AFP lundi 29 juin 2026. Volvic est reconnue coupable d’avoir utilisé des allégations environnementales non fondées sur ses bouteilles d’eau minérale, une pratique qualifiée de greenwashing par les associations de consommateurs. La décision du tribunal intervient après plusieurs mois d’instruction et fait suite à une plainte déposée par la CLCV. La marque Volvic, dont la source se situe dans le parc naturel régional des Volcans d’Auvergne, commercialise ses eaux minérales dans plus de 120 pays à travers le monde.
Des mentions « neutre en carbone » jugées trompeuses
L’association CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie) avait lancé un recours contre la marque, dénonçant les mentions « neutre en carbone » et « 100 % recyclée » ou « 100 % recyclable » apposées sur les emballages. Selon la CLCV, ces allégations laissaient entendre que le produit n’avait aucun impact environnemental, ce qui n’est pas vérifiable dans l’état actuel des connaissances scientifiques.
Le tribunal a suivi cet argumentaire, estimant que les affirmations de Volvic constituaient des pratiques commerciales trompeuses au sens du code de la consommation. La décision s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue des autorités judiciaires à l’égard des allégations environnementales des entreprises en France. Plusieurs grandes marques ont été épinglées ces dernières années pour des arguments marketing abusifs.
75 000 euros de dommages et intérêts
Outre l’amende de 75 000 euros versée à la CLCV, le jugement ordonne à Volvic de publier la décision sur la page d’accueil de son site internet pendant une durée de six mois. Cette mesure vise à informer les consommateurs des pratiques sanctionnées et à dissuader la marque de recourir à des arguments publicitaires non fondés.
La marque d’eau minérale, propriété du groupe Danone, n’a pas encore indiqué si elle ferait appel. Contactée par l’AFP, la direction de Volvic n’avait pas réagi dans l’immédiat. Le groupe Danone réalise un chiffre d’affaires annuel de plus de 27 milliards d’euros et communique régulièrement sur ses engagements en matière de responsabilité sociale et environnementale. Cette condamnation pourrait l’amener à revoir ses pratiques de communication pour l’ensemble de ses marques d’eau, dont Evian et Badoit.
Un précédent dans la jurisprudence française
Cette condamnation constitue l’une des premières applications en France des sanctions pour greenwashing sur des allégations de neutralité carbone dans le secteur des eaux embouteillées. Plusieurs associations de consommateurs européennes avaient déposé une plainte administrative contre les principaux fabricants de bouteilles en plastique dès novembre 2023, dénonçant des pratiques similaires. La plainte visait également les groupes Nestlé et Coca-Cola, accusés d’utiliser des arguments marketing trompeurs sur le caractère recyclable de leurs emballages plastique.
L’affaire intervient alors que la réglementation européenne sur les allégations environnementales (Green Claims Directive) est en cours d’examen, visant à encadrer plus strictement les mentions écologiques des entreprises. Le texte propose des sanctions pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires annuel en cas d’infraction.
La condamnation de Volvic intervient dans un contexte où les autorités françaises et européennes multiplient les actions contre le greenwashing. L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) a renforcé ses contrôles sur les allégations environnementales, tandis que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) mène des enquêtes régulières dans le secteur des biens de consommation. Les associations de consommateurs saluent cette décision, y voyant un signal fort envoyé aux entreprises qui utilisent des arguments écologiques sans fondement scientifique avéré.
