Le parquet bolivien a ordonné l’arrestation de l’un des principaux dirigeants des manifestations qui secouent la Bolivie depuis près de deux mois.
Le mandat d’arrêt vise un leader du mouvement de contestation contre le président Rodrigo Paz Pereira, arrivé au pouvoir en janvier 2026. Les manifestations, qui ont débuté en mai, ont paralysé la capitale La Paz et d’autres grandes villes du pays.
Plusieurs milliers de manifestants bloquent les axes routiers et réclament la démission du chef de l’État, six mois après son entrée en fonction. Les forces de l’ordre ont été déployées pour tenter de rétablir la circulation, donnant lieu à des affrontements réguliers avec les protestataires. Les heurts les plus violents ont eu lieu dans le quartier d’El Alto, bastion des partisans de l’ancien président Evo Morales.
Selon l’agence France-Presse, le parquet a justifié cette arrestation par des « actes de sédition et troubles à l’ordre public ». Le leader visé est accusé d’avoir organisé les barrages qui empêchent l’approvisionnement de la capitale en nourriture et en carburant.
La Paz, siège du gouvernement bolivien, est entrée dans une situation de siège de facto. Des centaines de camions-citernes restent bloqués à l’entrée de la ville, incapables de livrer du carburant. Les prix des denrées de base ont fortement augmenté dans les marchés de la capitale. Les banques ont suspendu leurs activités. Les hôpitaux signalent des difficultés d’approvisionnement en médicaments et en matériel. La ville de Cochabamba, deuxième pôle économique du pays, connaît une situation similaire.
Le président Rodrigo Paz Pereira, 54 ans, est un ancien économiste formé à l’université Harvard. Arrivé au pouvoir en janvier après la démission forcée de Luis Arce, il a promis un programme de libéralisation économique et de lutte contre la corruption. Ces réformes, notamment la suppression des subventions aux carburants et la réduction des dépenses publiques, ont provoqué une vive opposition des syndicats et des mouvements sociaux. Le Fonds monétaire international a salué ces mesures, tandis que les organisations sociales dénoncent une hausse du coût de la vie.
Les États-Unis ont qualifié les manifestations de « tentative de coup d’État » contre le président Paz. Washington a exprimé son soutien au gouvernement bolivien, tandis que des organisations de défense des droits humains ont dénoncé une répression excessive des forces de l’ordre. L’Organisation des États américains (OEA) a appelé au dialogue entre les parties et à la retenue des deux côtés.
Du côté des organisations syndicales, la Centrale ouvrière bolivienne (COB) a appelé à la poursuite de la mobilisation, estimant que l’arrestation d’un leader syndical constitue une provocation. Les mineurs, l’un des secteurs les plus mobilisés, ont participé à des affrontements avec les forces de l’ordre dans les régions minières de Potosí et d’Oruro. Les transporteurs routiers, dont les camions approvisionnent La Paz, observent une grève illimitée depuis le début de la crise.
L’ancien président Evo Morales, figure toujours influente dans le pays malgré son exil, a dénoncé ce qu’il qualifie de « persécution politique » contre les leaders sociaux. Depuis l’Argentine, il a multiplié les appels à la mobilisation contre le gouvernement Paz et accuse ce dernier de vouloir « écraser le mouvement populaire ».
Le parquet aurait également émis des mandats contre plusieurs autres figures de l’opposition, selon des sources proches du dossier citées par la presse bolivienne. Les barrages routiers, qui étaient environ 50 il y a dix jours, ont été partiellement levés dans certaines régions, mais la circulation reste très perturbée sur les axes menant à La Paz. La Cour suprême de justice devrait se prononcer sur la légalité de ces procédures dans les prochains jours. Selon les observateurs, cette escalade judiciaire risque d’aggraver une crise politique qui semble loin d’être résolue.
