Le président bolivien, Rodrigo Paz, a décrété l’état d’exception sur l’ensemble du territoire national samedi 20 juin, après plus de six semaines de protestations et de blocages routiers. L’armée et la police ont commencé à lever les barrages, selon les informations de Franceinfo, confirmées par l’AFP.
Le président décrète l’état d’exception
Dans une déclaration télévisée, Rodrigo Paz a affirmé avoir épuisé « toutes les voies du dialogue », après avoir conclu des accords avec les organisations dont les revendications étaient légitimes et identifié ceux qui, selon lui, utilisaient la violence pour tenter de déstabiliser le pays. La décision de déclarer l’état d’exception intervient quelques heures après la signature d’un accord avec la principale centrale syndicale du pays, la Centrale ouvrière bolivienne (COB), qui a annoncé la levée des mesures de pression. D’autres organisations maintiennent toutefois leur mouvement de protestation, ce qui complique le retour à la normale sur l’ensemble du territoire bolivien.
L’état d’exception permet au gouvernement de restreindre certaines libertés publiques, notamment la liberté de circulation et de réunion, et de déployer les forces armées pour maintenir l’ordre. La durée de cette mesure n’a pas été précisée par la présidence bolivienne, qui a indiqué qu’elle serait maintenue aussi longtemps que nécessaire pour rétablir la sécurité et l’approvisionnement des populations.
La pire crise économique depuis quarante ans
La Bolivie traverse sa crise économique la plus grave depuis quatre décennies. Début mai, la COB avait entamé un mouvement de contestation pour protester contre l’absence de réponses gouvernementales face à la détérioration de la situation économique. Les paysans et les ouvriers des usines et des mines ont progressivement rejoint le mouvement, rejetant les propositions de réformes du président de centre droit. L’arrivée au pouvoir de Rodrigo Paz en novembre 2025 a mis fin à vingt années de gouvernements socialistes, marquant un tournant politique pour le pays andin de douze millions d’habitants.
La monnaie bolivienne s’est fortement dépréciée face au dollar américain, et les réserves de change ont chuté à des niveaux historiquement bas, aggravant les difficultés pour importer des biens de première nécessité, des médicaments et du carburant. Selon les données économiques disponibles, l’inflation a accéléré ces derniers mois, érodant le pouvoir d’achat des ménages et alimentant le mécontentement social. La chute des cours du gaz naturel, principale ressource d’exportation du pays, a fragilisé les finances publiques et réduit la marge de manœuvre budgétaire du gouvernement.
La levée des barrages routiers
Les barrages routiers à travers le pays ont entraîné des pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant dans plusieurs villes, notamment à La Paz, la capitale administrative. La police et l’armée ont entrepris de lever les blocages après la proclamation de l’état d’exception, permettant progressivement le rétablissement des voies de communication essentielles à l’approvisionnement des centres urbains. Les principaux axes reliant La Paz aux régions productrices ont été rouverts à la circulation, selon des sources locales citées par les médias.
Les hôpitaux, qui signalaient des ruptures de stocks de médicaments et de fournitures médicales, ont commencé à recevoir des livraisons, bien que les autorités n’aient pas communiqué de calendrier précis pour un retour à la normale. La situation reste tendue dans plusieurs régions où des groupes de manifestants refusent de se disperser, et le gouvernement a prévenu que des opérations de déblocage forcé pourraient être menées si les barrages subsistaient dans les prochains jours. Le ministre de l’Intérieur a appelé au calme et invité les organisations qui n’ont pas signé l’accord à revenir à la table des négociations.
Les autorités boliviennes n’ont pas communiqué de bilan des personnes interpellées depuis le début de l’état d’exception, ni précisé la date à laquelle cette mesure pourrait être levée. La situation dans le pays reste suivie par les chancelleries étrangères et les organisations de défense des droits humains.
