Le Haut Conseil pour le climat (HCC) a rendu public son rapport annuel, jeudi 9 juillet, dressant un constat sans ambiguïté : la France « est dimensionnée pour un climat qui n’existe plus » et n’est pas prête à faire face aux impacts du réchauffement en cours. L’instance indépendante alerte sur des politiques climatiques « insuffisantes » et appelle à « changer d’échelle ».
Présenté par la climatologue Valérie Masson-Delmotte et le président du HCC Jean-François Soussana, le rapport souligne que les infrastructures, l’aménagement du territoire et les activités économiques « se sont développés et ont été dimensionnés pour un climat qui n’existe plus ». « Nous entrons dans une zone dangereuse, où des températures dépassant les 40 °C deviennent la norme estivale », a averti Jean-François Soussana lors de la présentation.
Le HCC salue certaines avancées, notamment la publication récente de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC), du plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) et de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Il relève toutefois « des reculs et des fragilités » dans l’action publique, ainsi qu’une baisse des investissements publics et privés dits « verts » ces dernières années.
Des logements « bouilloires thermiques » et des vagues de chaleur multipliées par cinq
Le rapport détaille les vulnérabilités structurelles du pays : « logements bouilloires thermiques, bâti scolaire et universitaire inadapté, manque de lieux de fraîcheur urbains », énumère le document, qui pointe également des « problèmes de prise en charge des personnes fragiles » lors des épisodes de chaleur. Le HCC recommande d’élargir les dispositifs canicule « dès le mois de mai et jusqu’en septembre » et de définir un seuil de température et d’humidité à partir duquel le travail deviendrait impossible.
Les projections sont alarmantes : les vagues de chaleur pourraient être multipliées par cinq d’ici 2050 et par dix d’ici 2100 si rien ne change. « Vu l’ampleur des chocs récents pour l’agriculture française, le secteur doit accélérer sa transformation », ajoute le rapport, qui alerte aussi sur la hausse du niveau de la mer, l’érosion côtière et les risques pour la santé publique.
359 millions de tonnes de CO2 en 2025, des efforts trop lents
La France a émis 359 millions de tonnes équivalent CO2 en 2025, selon le HCC. Les transports représentent 34 % des émissions, l’agriculture 21 %, l’industrie 16,2 % et les bâtiments 15 %. « L’aérien a dépassé le niveau pré-Covid, il faut interroger la croissance de ce secteur », a souligné Diane Strauss, directrice adjointe du HCC.
L’instance constate que « les progrès dans la réduction des émissions sont trop lents et trop limités » par rapport aux objectifs de l’accord de Paris. Elle s’inquiète également des émissions liées aux importations, qui « constituent la majorité de l’empreinte carbone de la France, dépassent les émissions territoriales et baissent moins vite ».
« Des alertes sérieuses » face aux reculs parlementaires
Le HCC pointe un contexte politique difficile : « Dans un contexte de polarisation du débat parlementaire, ces affaiblissements et reculs sont des alertes sérieuses », peut-on lire dans le rapport. « En prenant du retard, on produit des verrouillages qui créent plus de vulnérabilité et des impacts de plus en plus graves sur les populations », a expliqué Jean-François Soussana. Il regrette également la « sous-exploitation » des mesures de sobriété par les pouvoirs publics.
L’instance appelle à ne pas perdre le cap de l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, rappelant que l’adaptation seule ne suffira pas. « Les décisions actuelles aggravent les pertes et dommages pour les personnes et les territoires, notamment les plus vulnérables », conclut le HCC.
