Le gouvernement a annonce, jeudi 9 juillet, un plan d’aides d’urgence de 145 millions d’euros pour les agriculteurs confrontes a la flambee des prix des engrais, consequence de la crise au Moyen-Orient et de la fermeture du detroit d’Ormuz. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a presente ce dispositif lors d’une conference de presse aux cotes de Sebastien Martin, ministre de l’Industrie.
Ce plan comprend 107 millions d’euros issus de la reserve de crise europeenne, auxquels s’ajoutent des credits nationaux pour atteindre un total de 145 millions d’euros, a precise Annie Genevard. L’aide vise a compenser la hausse spectaculaire du prix des engrais azotes, dont le cout a plus que double depuis le debut de l’annee en raison de la perturbation des routes maritimes au Moyen-Orient.
Les engrais representent un poste de charge majeur pour les exploitations agricoles francaises. La France, dependante des importations pour sa fertilisation azotee, subit de plein fouet la hausse des prix du gaz naturel, principal intrant de la production d’engrais azotes de synthese. Selon les donnees du ministere de l’Agriculture, le prix de la tonne d’engrais azote est passe de 350 euros en janvier a pres de 800 euros en juillet, une augmentation directement liee a la flambee des cours du gaz, multiplie par quatre depuis la fermeture du detroit d’Ormuz par l’Iran en juin.
Les organisations professionnelles agricoles estimaient la semaine derniere que pres de 30 % des exploitations en grandes cultures pourraient etre en difficulte de tresorerie d’ici la fin de l’ete si aucune mesure d’urgence n’etait prise. Le plan presente jeudi repond a cette urgence, avec un double objectif : compenser la hausse des couts a court terme et preparer l’avenir du secteur.
Une strategie de souverainete pour les engrais
Au-dela des mesures d’urgence, le gouvernement a presente une « strategie durable de souverainete » visant a reduire la dependance francaise aux engrais importes. L’objectif affiche est de « produire davantage d’engrais decarbones » sur le territoire national, a declare Sebastien Martin, ministre de l’Industrie.
Cette strategie repose sur le developpement de filieres de production d’engrais a partir de sources renouvelables, notamment l’hydrogene vert et le recyclage des residus organiques. Les pouvoirs publics entendent ainsi soutenir l’innovation dans le secteur et favoriser l’emergence de nouvelles capacites de production en France. Des appels a projets seront lances dans les prochaines semaines, avec un volet dedie a la recherche pour reduire la consommation energetique de la production d’engrais.
La question de la souverainete en matiere d’engrais est devenue un enjeu strategique depuis la fermeture du detroit d’Ormuz par l’Iran en juin 2026, qui a perturbe les flux mondiaux de gaz et d’engrais. L’Union europeenne a debloque une enveloppe de 107 millions d’euros pour la France dans le cadre de ce plan, dans le respect des regles de la Politique agricole commune. Bruxelles a egalement autorise des aides nationales complementaires pour faire face a cette situation exceptionnelle.
Un secteur agricole sous pression
Les syndicats agricoles, tout en saluant la reconnaissance de l’urgence de la situation par le gouvernement, jugent ces mesures insuffisantes au regard de l’ampleur de la crise. La flambee des couts de production s’ajoute aux difficultes liees a la canicule qui touche une grande partie du pays depuis plusieurs semaines, avec 72 departements places en vigilance orange jeudi 9 juillet. Dans les Pyrenees-Orientales, un important incendie a deja detruit pres de 1 500 hectares de vegetation, illustrant les conditions extremes auxquelles les agriculteurs sont confrontes.
Selon les organisations professionnelles, les exploitations les plus vulnerables sont celles specialisees dans les grandes cultures (ble, mais, colza), qui dependent fortement des engrais azotes. Plusieurs mobilisations d’agriculteurs ont eu lieu ces derniers jours dans differentes regions pour reclamer des mesures structurelles et un plafonnement des prix de l’energie.
Le gouvernement s’est engage a suivre l’evolution des prix et a adapter les aides si necessaire. Un point de situation est prevu dans les prochaines semaines, a indique le ministere de l’Agriculture. La ministre Annie Genevard a egalement annonce la mise en place d’une cellule de suivi pour accompagner les exploitations les plus touchees.
