Emmanuel Macron a présidé ce dimanche 12 juillet, sur l’île de la Cité à Paris, la première édition de la journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus. La cérémonie s’est déroulée 120 ans jour pour jour après la décision de la Cour de cassation qui a réhabilité l’officier juif condamné à tort pour haute trahison en 1894.
Alfred Dreyfus, capitaine de l’armée française, a été condamné à la déportation à perpétuité sur l’île du Diable le 22 décembre 1894, sur la base de fausses preuves, dans un climat politique marqué par un antisémitisme profondément enraciné. Après plusieurs années de mobilisation, notamment de l’écrivain Émile Zola et des « dreyfusards », la Cour de cassation a officiellement reconnu son innocence le 12 juillet 1906. Cette date marque la fin de l’affaire Dreyfus, qui a divisé la France pendant plus d’une décennie.
La cérémonie s’est tenue à 12 h 30, à proximité de la Cour de cassation, sur l’île de la Cité. Étaient présents des descendants d’Alfred Dreyfus, des représentants de l’État ainsi que des élus. Au cours de son discours, le chef de l’État a déclaré : « Le dreyfusisme n’est pas un souvenir, c’est un état d’esprit qui refuse que l’appartenance à une religion d’un homme puisse devenir l’alibi permettant de le livrer à une justice et une opinion aveugle. » Il a également affirmé que « face à l’odieux retour de l’antisémitisme, la vigilance est un devoir de tous les instants ».
Instaurée par le président de la République, cette journée « aura lieu chaque année le 12 juillet », a précisé l’Élysée. Elle rend également hommage aux « dreyfusards », à commencer par Émile Zola, qui ont œuvré pour faire reconnaître l’innocence de l’officier. « À travers Alfred Dreyfus et ses défenseurs, c’est l’ensemble de la nation qui se voit rappelée à son devoir de vigilance et de persévérance », a ajouté la présidence de la République.
Cette première commémoration intervient dans un contexte de recrudescence des actes antisémites en France. Selon le ministère de l’Intérieur, ils n’ont jamais été aussi nombreux que pendant les trois dernières années. L’affaire Dreyfus, qui a opposé les partisans de la révision du procès à ses détracteurs, reste l’un des événements judiciaires et politiques les plus marquants de la Troisième République.
L’affaire Dreyfus, un tournant judiciaire et politique
L’affaire Dreyfus débute en octobre 1894, lorsqu’un bordereau annonçant la livraison de documents militaires à l’Allemagne est découvert dans la corbeille de l’attaché militaire allemand à Paris. Alfred Dreyfus, seul officier juif de l’état-major, est rapidement désigné comme coupable. Condamné à la déportation à perpétuité, il est envoyé au bagne de l’île du Diable, en Guyane française.
En 1896, le lieutenant-colonel Georges Picquart, nouveau chef du service de renseignement, découvre que le véritable traître est le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy. La hiérarchie militaire tente d’étouffer l’affaire. L’écrivain Émile Zola publie alors son célèbre article « J’accuse… ! » dans le journal L’Aurore, le 13 janvier 1898, déclenchant une mobilisation nationale et internationale en faveur de Dreyfus.
Après deux procès et une grâce présidentielle en 1899, la Cour de cassation annule le jugement du conseil de guerre et réhabilite officiellement Alfred Dreyfus le 12 juillet 1906. Réintégré dans l’armée avec le grade de chef d’escadron, il sert pendant la Première Guerre mondiale et meurt en 1935.
Un contexte de recrudescence des actes antisémites
La création de cette journée de commémoration intervient alors que le nombre d’actes antisémites a atteint des niveaux historiques en France. Selon les données du ministère de l’Intérieur, les trois dernières années ont enregistré les chiffres les plus élevés jamais mesurés. Le président de la République avait annoncé cette initiative lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) en 2025.
La statue d’Alfred Dreyfus, installée devant la Cour de cassation en 2024, a servi de cadre à la cérémonie sur l’île de la Cité. Les prochaines éditions de cette journée nationale se tiendront chaque 12 juillet.
