Au deuxième et dernier jour du sommet de l’Otan à Ankara, le président américain Donald Trump a annoncé mercredi 8 juillet son intention de « cesser tout échange commercial » avec l’Espagne, qu’il a qualifiée de « cause perdue ».
Des déclarations incendiaires contre Madrid
Assis aux côtés du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, Donald Trump a passé en revue ses griefs contre l’Alliance atlantique, concentrant ses critiques sur l’Espagne. « Je ne suis pas content de l’Otan parce qu’ils n’ont pas voulu nous aider face au principal État qui soutient le terrorisme », a-t-il déclaré, en référence à l’Iran.
Selon plusieurs sources, Washington reproche à Madrid d’avoir refusé d’autoriser l’utilisation de deux bases militaires américaines situées en Andalousie, Rota et Morón, dans le cadre de la guerre contre l’Iran engagée fin février. « L’Espagne a été terrible. Nous allons couper tout le commerce avec l’Espagne. Nous ne voulons rien avoir à faire avec l’Espagne », avait déjà menacé Donald Trump en mars, lors d’une rencontre avec le chancelier allemand Friedrich Merz.
Le différend sur les dépenses de défense
Le président américain a également accusé Madrid de ne pas participer aux dépenses de défense de l’Otan. « C’est le seul pays de l’Otan qui n’a pas accepté de consacrer 5 % de son PIB à des dépenses en matière de Défense », comme le veut le nouvel objectif poussé par Washington, a rappelé Donald Trump.
Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a pris la défense de l’Espagne en évoquant le « grand pas réalisé l’an dernier » dans ses dépenses militaires, avant l’ouverture formelle du sommet. Depuis plusieurs mois, Donald Trump reproche à l’Espagne de ne pas avoir augmenté ses dépenses militaires conformément au nouvel objectif de 5 % du PIB fixé aux pays membres. L’Espagne consacrait environ 1,3 % de son PIB à la défense en 2025, loin des 2 % antérieurement demandés par l’Otan.
L’Union européenne prête à réagir
La Commission européenne a rappelé que les États-Unis doivent respecter « leurs engagements » dans le cadre de l’accord commercial signé avec l’Union européenne. « La Commission va s’assurer que les intérêts de l’Union européenne soient pleinement protégés. Nous sommes solidaires de tous les États membres », a déclaré un porte-parole, ajoutant que l’UE est « prête à réagir si nécessaire » pour défendre ses intérêts, notamment à travers sa politique commerciale commune.
De son côté, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré n’avoir « eu aucune conversation avec aucun représentant nord-américain, ni aucune demande » au sujet des bases militaires. « Les bases que nous utilisons conjointement avec les États-Unis sont des bases sous souveraineté espagnole », a-t-il rappelé. Une source gouvernementale espagnole a souligné que « notre pays entretient d’excellentes relations sociales, culturelles et économiques avec les États-Unis », jugeant ces liens « bénéfiques pour les deux pays », notamment en matière de défense.
Les alliés européens inquiets
Ces déclarations sont intervenues alors que les alliés européens attendent, inquiets, l’évolution de l’engagement américain au sein de l’Alliance. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, les relations sont particulièrement tendues entre Washington et plusieurs capitales européennes qui ont pris leurs distances avec le conflit.
Au-delà de l’Espagne, Donald Trump a également exprimé sa frustration de ne pas avoir pu s’emparer du Groenland, territoire autonome danois, qu’il juge « très important pour les États-Unis ». Le sommet de l’Otan à Ankara, accueilli par la Turquie, se tient dans un contexte de tensions accrues entre les États-Unis et leurs alliés traditionnels depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.