Le proces en destitution de la vice-presidente philippine Sara Duterte s’ouvre ce lundi 6 juillet devant le Senat a Manille. La fille de l’ancien president Rodrigo Duterte est accusee de corruption, de trahison et de detournement de fonds publics.
Les 23 senateurs philippins siegent comme juges dans ce proces a haute portee politique, preside par le president du Senat, Francis Escudero. Sara Duterte, 48 ans, n’a pas assiste a la premiere audience, tenue dans l’apres-midi, et est representee par son equipe juridique, a indique son cabinet dans un communique cite par plusieurs medias locaux.
L’accusation porte sur des faits remontant a la periode 2022-2024, lorsque Sara Duterte occupait le poste de vice-presidente et dirigeait parallelement le ministere de l’Education. Les charges incluent l’utilisation de fonds confidentiels sans justification adequat, des depenses non documentees a hauteur de plusieurs millions de pesos et des actes de trahison presumes lies a des contacts non autorises durant la campagne presidentielle de 2022, selon le texte de mise en accusation transmis par la Chambre des representants.
La Chambre des representants a valide la destitution par 215 voix contre 78 en mai 2026, transmettant le dossier au Senat. La vice-presidente conteste l’ensemble des accusations, qu’elle qualifie de « manoeuvre politique » dans un communique diffuse le 5 juillet dont l’AFP a obtenu copie.
Le Senat philippin est profondement divise sur ce dossier. Selon l’agence Reuters, plusieurs senateurs proches de l’ancien president Rodrigo Duterte pourraient tenter de bloquer une condamnation, qui requiert une majorite des deux tiers (16 voix sur 23). The Guardian rapporte egalement que la composition du Senat, issu des elections de 2025, reflete les fractures politiques du pays, entre loyalistes Duterte et partisans de Marcos. L’analyse publique des positions senatorales suggere une issue incertaine, aucun camp ne disposant d’une majorite claire.
Environ 6 000 policiers ont ete deployes autour du Senat a Manille, selon l’agence de presse philippine PNA, citant un porte-parole de la police nationale. Le perimetre est securise et des barrages filtrants ont ete installes aux acces du quartier parlementaire. La police a egalement mis en garde contre les tentatives de desinformation en ligne liees au proces, rapporte le Daily Tribune philippin.
Le president Ferdinand Marcos Jr. a declare qu’il ne suivrait pas les debats, selon son porte-parole cite par GMA Network. « Le president a confiance dans le processus judiciaire du Senat », a indique le palais presidentiel dans un communique. Marcos et Sara Duterte etaient allies de circonstance lors de la presidentielle de 2022, mais leur coalition s’est fracturee en 2025 sur fond de divergences politiques croissantes.
Fille de Rodrigo Duterte, president de 2016 a 2022, Sara Duterte etait consideree comme une candidate potentielle a la presidence pour 2028. Elle a ete elue vice-presidente en 2022 sur un ticket commun avec Marcos, une alliance strategique entre deux clans politiques majeurs des Philippines. La rupture de cette alliance en 2025 a ouvert la voie a la procedure de destitution engagee par les allies de Marcos a la Chambre des representants.
Le proces suscite l’attention de la communaute internationale. Les Etats-Unis, allie historique des Philippines, ont appele au respect des procedures constitutionnelles par l’intermediaire de leur ambassade a Manille, sans prendre position sur le bien-fonde des charges. L’Union europeenne a egalement rappele l’importance de l’independance judiciaire dans un communique diffuse par le service diplomatique europeen.
Si elle est reconnue coupable, Sara Duterte serait demie de ses fonctions et pourrait etre disqualifiee de toute charge elective, ce qui mettrait fin a ses ambitions presidentielles. Le proces, supervise par la commission senatorale presidee par le senateur Francis Escudero, devrait durer plusieurs semaines, selon le calendrier publie par le Senat.
