Poursuivi pour violation du droit d’auteur par Disney, Universal et Warner Bros. Discovery, Midjourney demande à la justice d’obliger les studios à détailler leur propre usage de l’intelligence artificielle.
La start-up d’imagerie générative a déposé une requête devant la justice fédérale américaine pour obtenir un accès élargi aux documents des studios, rapporte TechCrunch jeudi 4 juillet. L’affaire, qui oppose Midjourney à trois des plus grands noms d’Hollywood depuis l’été 2025, pourrait fixer un précédent sur ce que les entreprises doivent divulguer en matière d’utilisation de l’IA dans le cadre d’un litige sur le droit d’auteur.
Un différend sur le périmètre de la découverte
Disney et Universal ont intenté une action en justice contre Midjourney en juin 2025, accusant la start-up de générer des images de personnages protégés par le droit d’auteur, comme Bart Simpson ou Dark Vador. Warner Bros. Discovery a emboîté le pas quelques mois plus tard. Midjourney soutient que l’entraînement de ses modèles sur des images accessibles publiquement relève du fair use (usage loyal), une défense que les studios contestent.
En juin 2026, une juge magistrate a partiellement statué sur le périmètre des documents que les studios doivent produire dans le cadre de la phase de discovery. Elle a limité l’obligation de divulgation aux contenus « destinés au public » (consumer-facing), excluant les travaux internes de recherche et développement liés à l’IA générative. Midjourney conteste cette limitation.
Des arguments qui se retournent
Dans sa dernière requête, Midjourney estime que la décision « permet injustement aux studios de ne sélectionner que les documents qui soutiennent leurs arguments sur le préjudice subi, tout en privant Midjourney de ceux qui étayeraient ses défenses ». La start-up avance que les studios pourraient développer en interne des modèles d’IA générative « à des fins de storyboard ou d’idéation de contenus pour le cinéma ou la télévision ». Si tel est le cas, argue-t-elle, cela démontrerait qu’il s’agit d’une pratique courante dans l’industrie.
L’avocat de Midjourney, Bobby Ghajar, a résumé la position de la start-up dans une formule directe : « Si les plaignants font précisément ce qu’ils cherchent à sanctionner, cette preuve touche au cœur des défenses de Midjourney fondées sur le fair use. »
Des documents internes au cœur de la bataille
Midjourney ne réclame pas un simple échantillon. La start-up demande aux studios de produire leurs plans d’activité liés à l’IA, les rapports de recherche, les jeux de données d’entraînement (datasets), les poids de modèles, ainsi que l’ensemble des prompts utilisés dans Midjourney et les images générées en résultant. La demande couvre aussi bien les outils visibles du public que les briques logicielles internes.
David Singer, avocat principal des studios, a qualifié ces demandes de « pêche aux informations » (fishing expedition). Il a déclaré que les studios « ne cherchent pas à arrêter la technologie IA ni même à fermer Midjourney », mais simplement à « empêcher Midjourney de copier leurs films et séries, et de distribuer, exposer ou créer des œuvres dérivées incluant leurs personnages sans autorisation ».
L’enjeu dépasse le cas individuel de Midjourney. D’autres entreprises d’IA générative font face à des poursuites similaires de la part d’artistes, d’agences de presse et de maisons d’édition. La décision du tribunal fédéral californien sur cette requête pourrait donc influencer l’équilibre entre l’entraînement des modèles d’IA et la protection du droit d’auteur pour l’ensemble du secteur.
Un précédent à venir
Si le juge fédéral accède à la demande de Midjourney, la décision pourrait servir de référence dans de futures affaires où le droit d’auteur et l’IA générative se croisent. La question centrale reste : jusqu’où une entreprise peut-elle être contrainte de révéler sa propre utilisation de l’IA lorsqu’elle en accuse une autre de violation ?
L’audience sur cette requête devrait se tenir dans les prochaines semaines devant un tribunal fédéral californien.
