Le président américain Donald Trump a annoncé mercredi 8 juillet, en marge du sommet de l’Otan à Ankara, que les États-Unis allaient « cesser tout échange commercial » avec l’Espagne, qualifiée de « cause perdue ». Le locataire de la Maison Blanche a précisé avoir chargé son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, d’arrêter tout commerce avec Madrid.
Cette annonce radicale intervient dans un climat de tensions croissantes entre Washington et Madrid depuis plusieurs mois. L’Espagne fait partie des pays européens les plus critiques de l’opération militaire américaine contre l’Iran, déclenchée au printemps 2026 après la fermeture du détroit d’Ormuz par Téhéran.
Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, avait dénoncé dès le mois de mars la stratégie américaine, la qualifiant d’erreur majeure. En représailles aux bombardements au Moyen-Orient, Madrid avait pris la décision de fermer son espace aérien aux avions américains engagés dans le conflit, une mesure qui avait immédiatement provoqué la colère de Washington. Cette fermeture de l’espace aérien espagnol a marqué une rupture diplomatique significative entre les deux alliés historiques.
À l’époque, Donald Trump avait réagi en estimant que « l’Espagne a été lamentable » et en brandissant la menace de sanctions commerciales. Les déclarations de mercredi, formulées aux côtés du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, concrétisent cette menace plusieurs mois après son annonce initiale.
Le président américain reproche également à Madrid de ne pas contribuer suffisamment aux dépenses de défense de l’Alliance atlantique. L’Espagne, dont le budget militaire représente environ 1,3 % de son produit intérieur brut, reste en dessous de l’objectif de 2 % fixé par l’Otan, malgré une augmentation de ses dépenses au cours de l’année écoulée.
Mark Rutte a pris la défense de l’Espagne devant la presse, évoquant le « grand pas réalisé l’an dernier » dans les dépenses militaires espagnoles. Le secrétaire général de l’Otan a souligné les efforts entrepris par Madrid pour moderniser ses forces armées et renforcer sa participation aux missions de l’Alliance.
La réponse espagnole a été mesurée. Le gouvernement de Pedro Sanchez a déclaré mercredi accueillir « avec calme » les propos de Donald Trump. « Notre pays entretient d’excellentes relations sociales, culturelles et économiques avec les États-Unis, et nous n’avons aucunement l’intention que cela change », a indiqué une source au sein de l’exécutif espagnol.
Madrid a rappelé que l’Espagne, en tant que membre de l’Union européenne, fait partie d’un bloc commercial qui dispose d’une politique commune. Le gouvernement espagnol souligne que ces liens transatlantiques sont « bénéfiques pour les deux pays », notamment en matière de défense et d’échanges économiques.
La décision unilatérale américaine soulève des questions sur les mécanismes de résolution des différends au sein de l’Otan. Aucun calendrier précis n’a été communiqué par la Maison Blanche concernant la mise en œuvre de cette cessation des échanges commerciaux.
Les États-Unis et l’Espagne entretiennent des relations commerciales évaluées à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an. Selon les données du commerce extérieur, les exportations américaines vers l’Espagne incluent des produits énergétiques, des équipements industriels et des services numériques, tandis que l’Espagne exporte principalement des produits agroalimentaires, des véhicules et des biens manufacturés vers le marché américain.
L’annonce de Donald Trump place les partenaires européens de Madrid dans une position délicate à quelques heures de l’ouverture officielle du sommet de l’Otan. L’Union européenne dispose de mécanismes de défense commerciale qui pourraient être activés si la menace américaine se concrétisait, mais la Commission européenne n’avait pas encore réagi officiellement au moment de la déclaration du président américain.
Ce nouvel épisode de tension entre Washington et un allié européen intervient alors que le sommet de l’Otan, qui se tient jusqu’au 10 juillet à Ankara, doit notamment aborder la question du financement de l’Alliance et la répartition des contributions entre les États membres.
