Pour la première fois depuis 2002, l’Union européenne a organisé des négociations d’adhésion avec quatre pays candidats en une seule journée, mardi 14 juillet. Ukraine, Moldavie, Albanie et Monténégro ont entamé les discussions autour du premier chapitre des négociations, consacré à la politique étrangère et à la sécurité.
Cette séquence inédite marque une accélération significative du processus d’élargissement de l’UE, relancé par la guerre en Ukraine. Les Vingt-Sept avaient accordé le statut de candidat à l’Ukraine et à la Moldavie en juin 2022, puis officiellement ouvert les négociations d’adhésion en juin 2026, après la levée du veto hongrois. L’Albanie et le Monténégro, candidats de longue date (respectivement depuis 2014 et 2012), progressent eux aussi dans leur parcours.
Un format inédit depuis 2002
La dernière fois que l’UE avait mené des négociations avec plusieurs candidats simultanément remonte à 2002, lors du grand élargissement à dix pays d’Europe centrale et orientale, achevé en 2004 et 2007. Le fait de réunir quatre pays le même jour envoie un signal politique fort, selon plusieurs diplomates européens cités par Le Monde et Euractiv. Il témoigne de la volonté de Bruxelles de faire aboutir des processus longtemps restés dans l’impasse, en particulier dans les Balkans occidentaux.
Le premier chapitre abordé, consacré à la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), est traditionnellement l’un des plus sensibles. Pour l’Ukraine et la Moldavie, il implique un alignement sur les positions européennes, y compris sur les sanctions contre la Russie et la politique de défense. Pour l’Albanie et le Monténégro, il s’agit de démontrer leur capacité à s’intégrer aux mécanismes de la diplomatie européenne.
L’Albanie et le Monténégro en première ligne
Le Monténégro, qui a ouvert ses négociations d’adhésion dès 2012, est considéré comme le pays le plus avancé des Balkans occidentaux vers une intégration européenne. Emmanuel Macron, en visite à Podgorica en juin 2026, avait assuré que la France serait aux côtés du Monténégro dans ce processus. L’Albanie, candidate depuis 2014, a vu ses négociations officiellement lancées en 2022. Les deux pays ont fait l’objet d’une attention renouvelée de la part de Bruxelles, qui a multiplié les signaux d’ouverture.
Pour l’Ukraine, ce début de négociations concrètes intervient dans un contexte de guerre avec la Russie. Kiev a fait de l’adhésion à l’UE une priorité stratégique, aux côtés de son intégration à l’OTAN. La Moldavie, voisine de l’Ukraine et également confrontée à des pressions russes, avance sur le même chemin. Les deux pays ont entamé les discussions sur le premier volet des négociations le 15 juin à Luxembourg, avant cette session multilatérale du 14 juillet.
Un calendrier encore incertain
Malgré cette accélération, le calendrier d’une adhésion effective reste flou. Les négociations d’adhésion comportent 35 chapitres thématiques, chacun nécessitant des réformes profondes dans des domaines aussi variés que la justice, l’économie, l’environnement ou l’agriculture. Le processus peut prendre plusieurs années, comme l’ont montré les expériences des pays des Balkans occidentaux, dont certains attendent depuis plus d’une décennie.
La présidence polonaise du Conseil de l’UE, qui débute en janvier 2027, a fait de l’élargissement l’une de ses priorités. Athènes, qui prendra la présidence au second semestre 2027, a également annoncé son intention de pousser pour l’adhésion du Monténégro. Le Monténégro est le pays candidat le plus avancé, avec l’ensemble de ses 35 chapitres ouverts et trois déjà clos provisoirement. L’Islande, qui avait gelé ses négociations en 2013, a également rouvert le débat sur une adhésion en juin 2026, même si le processus reste à un stade préliminaire.
Cette séquence du 14 juillet 2026 constitue une étape inédite dans l’histoire de l’élargissement européen. Les obstacles politiques et techniques restent nombreux, mais le signal diplomatique est clair : l’UE entend démontrer sa capacité à s’élargir, y compris en temps de crise.
