La justice allemande a mis en examen mardi 14 juillet un Berlinois de 68 ans soupçonné d’avoir drogué, violé et filmé des dizaines de femmes rencontrées sur des sites de rencontres. L’acte d’accusation porte sur 22 viols.
Une enquête ouverte après un signalement
L’homme est «accusé de 22 viols» auxquels s’ajoutent des «lésions corporelles graves», a déclaré le parquet de Berlin dans un communiqué. Selon l’acte d’accusation, le mis en cause aurait administré des somnifères associés à de l’alcool à des femmes rencontrées sur des plateformes en ligne, avant de les violer et de filmer ses actes. Les faits se seraient déroulés à Berlin entre 2016 et 2022.
Les investigations ont débuté après un signalement de la police de Verden an der Aller, une ville de 30 000 habitants située dans le nord de l’Allemagne. Cette dernière enquêtait depuis début 2025 sur un homme soupçonné de faits similaires, depuis décédé. En analysant ses échanges en ligne, les enquêteurs ont découvert des conversations avec le sexagénaire berlinois. Une procédure a été ouverte début mars 2025 à son encontre.
58 victimes présumées identifiées
Le domicile du suspect a fait l’objet d’une première perquisition au cours de laquelle du matériel informatique a été saisi. En février 2026, la police y a découvert de nombreuses vidéos montrant des agressions sexuelles «vraisemblablement» commises par le suspect. Il a été arrêté en mars 2026 après une deuxième perquisition et placé en détention provisoire.
Le parquet a recensé un total de 58 victimes présumées. L’acte d’accusation porte dans un premier temps sur 22 faits concernant 14 femmes. Dix autres victimes présumées n’ont pas encore pu être identifiées. L’enquête est en cours pour trente autres femmes. Dans le cas de trois d’entre elles, les éléments sont insuffisants à ce stade, selon le parquet.
Les femmes déjà entendues «n’ont pu se souvenir des faits et n’en ont pris connaissance qu’au cours de l’enquête, grâce aux images vidéo», a indiqué la justice allemande. Le quotidien «Der Tagesspiegel» affirme que les enquêteurs estiment le nombre total de victimes à une cinquantaine.
Des faits prescrits pour partie
Le parquet a classé 36 autres soupçons de viol remontant à la période 2010-2014 concernant une même femme, ces faits étant prescrits dans la juridiction allemande actuelle. Pour cette seule victime présumée, les enquêteurs n’ont pas pu établir avec suffisamment de certitude que l’administration d’une substance constituait une violence au sens juridique permettant d’appliquer le délai de prescription de vingt ans correspondant aux viols avec violence.
L’accusé n’a pas commenté les charges retenues contre lui. Le parquet a précisé qu’«à ce jour, aucun élément ne permet de conclure à une responsabilité pénale atténuée, voire absente».
La question de la prescription des violences sexuelles commises sur des victimes inconscientes avait déjà suscité un débat en Allemagne avec l’affaire Claudia Wuttke, après le classement en novembre 2025 de plusieurs faits présumés en raison des délais de prescription applicables. La justice a annoncé en mai 2026 avoir rouvert l’enquête concernant cette Hambourgeoise de 59 ans.
Cette affaire intervient dans un contexte où les violences sexuelles commises sous soumission chimique font l’objet d’une attention croissante en Europe. La semaine dernière, le tribunal de Berlin a condamné Shao Zhiting, un médecin chinois, à cinq ans de prison pour avoir conseillé sur Telegram un groupe de prédateurs sexuels adeptes de la soumission chimique. Il a été reconnu coupable de complicité de viol aggravé et d’agression sexuelle aggravée sur sa fiancée.
En France, l’affaire Dominique Pelicot, dont l’ex-femme Gisèle Pelicot est devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles, a mis en lumière la question des viols commis sur des victimes inconscientes après administration de substances. Le parquet de Berlin n’a pas établi de lien entre ces dossiers.
