Le président fédéral allemand Frank-Walter Steinmeier a estimé dimanche 12 juillet que sa fonction protocolaire devait évoluer face à la montée de l’extrême droite dans le pays. Dans un entretien à la télévision publique allemande, il a affirmé vouloir être une «garantie de la démocratie».
«À l’avenir, plus que jamais, le président fédéral restera une sorte de garantie de la démocratie», a déclaré Frank-Walter Steinmeier. Le chef de l’État allemand, dont la fonction est essentiellement protocolaire mais qui exerce une influence morale non négligeable, a estimé que la situation politique actuelle exigeait de lui une prise de position plus affirmée.
«Aujourd’hui, une part non négligeable des électeurs ne vote ni pour le bien ni pour le mal, ni pour la gauche ni pour la droite, mais contre le système démocratique», a-t-il ajouté. Dans ce contexte, selon lui, «l’impartialité ne suffit plus, il faut prendre position».
Ces déclarations interviennent alors que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti classé à l’extrême droite, anti-migrants et farouchement pro-russe, est largement en tête dans les sondages dans plusieurs Länder de l’Est. En Saxe-Anhalt et dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, le parti devance nettement les formations traditionnelles à l’approche des élections régionales prévues les 6 et 20 septembre. Pour M. Steinmeier, «rien n’est encore joué» dans ces régions.
Le président fédéral allemand a souligné que sa fonction ne pouvait plus se limiter à un rôle de représentation au-dessus des partis. «Le président fédéral ne peut plus planer au-dessus des partis quand des électeurs votent massivement contre le système démocratique», a-t-il déclaré à la télévision publique.
Frank-Walter Steinmeier, né en 1956, est président fédéral depuis 2017. Ancien ministre des Affaires étrangères sous la chancelière Angela Merkel, il a été réélu pour un second mandat en 2022. La fonction présidentielle en Allemagne est principalement honorifique et protocolaire, mais le président dispose d’une autorité morale importante et peut influencer le débat public par ses prises de parole.
L’AfD, fondée en 2013, est devenue la première force politique dans plusieurs régions de l’ancienne Allemagne de l’Est. Le parti capitalise sur le mécontentement lié à la transition énergétique, à l’immigration et aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine. Sa progression dans les sondages, qui atteint parfois 30 % dans certains Länder orientaux, inquiète les formations politiques traditionnelles.
Lors de précédentes élections, le président Steinmeier avait déjà lancé à plusieurs reprises aux électeurs que «c’est vous qui décidez si nous conservons notre système démocratique». Ses récentes déclarations marquent une escalade dans son engagement public contre la montée de l’extrême droite.
Les élections régionales de septembre dans ces deux Länder orientaux seront considérées comme un test national pour la démocratie allemande, dans un contexte de fragmentation politique accrue et de défiance croissante envers les institutions.
L’AfD, classée à l’extrême droite par les services de renseignement intérieur allemand (Verfassungsschutz), est particulièrement implantée dans les régions de l’Est depuis la réunification. Le parti a obtenu des scores records lors des élections européennes de juin 2024 et des régionales de 2024 en Thuringe, en Saxe et dans le Brandebourg, où il était arrivé en tête. Dans ces régions, l’AfD capitalise sur un sentiment de relégation économique et sur la défiance envers les institutions fédérales.
Cette nouvelle prise de parole de Frank-Walter Steinmeier intervient alors que le débat public allemand est marqué par une polarisation croissante autour des thèmes de l’immigration, de la transition énergétique et du soutien militaire à l’Ukraine. La montée de l’AfD dans les sondages, portée par un discours anti-système et pro-russe, inquiète les partis traditionnels à un an des élections législatives fédérales prévues à l’automne 2027. Les résultats des scrutins de septembre pourraient influencer la stratégie des formations politiques pour la campagne fédérale à venir.
