La Banque centrale européenne (BCE) a relevé jeudi 11 juin son principal taux directeur de 0,25 point de pourcentage, une première depuis trois ans, pour contrer une inflation portée par le conflit au Moyen-Orient.
Réunie à Francfort, l’institution monétaire de la zone euro a décidé de porter son taux de dépôt, qui fait référence pour le crédit, à un niveau plus restrictif. Selon ses nouvelles projections macroéconomiques, l’inflation devrait atteindre 3 % en 2026 dans les vingt pays de l’union monétaire, avant de refluer à 2,3 % en 2027.
Un resserrement face au choc énergétique
Cette hausse, la première opérée par la BCE depuis l’été 2023, marque un tournant dans la politique monétaire européenne. La flambée des prix du pétrole, consécutive aux frappes au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, a ravivé les tensions inflationnistes que l’institution pensait avoir maîtrisées après la crise post-Covid.
Le baril de brut a franchi plusieurs seuils symboliques depuis le début du conflit, avant de repasser sous les 90 dollars jeudi dans l’espoir d’un accord entre Washington et Téhéran. Mais la volatilité des cours pétroliers laisse planer une incertitude majeure sur l’évolution des prix à la consommation dans les mois à venir.
« La crise énergétique pèse », a déclaré la BCE dans son communiqué de politique monétaire. L’institution souligne que les pressions sur les prix restent « élevées » et que le retour à la cible de 2 % d’inflation pourrait prendre plus de temps qu’anticipé. L’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, demeure également au-dessus des niveaux compatibles avec l’objectif de stabilité des prix.
Une zone euro en contraction
Le resserrement monétaire intervient dans un contexte économique dégradé. Selon les données révisées d’Eurostat publiées cette semaine, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro s’est contracté de 0,2 % au premier trimestre 2026, alors qu’une légère croissance de 0,1 % était initialement estimée. L’Allemagne et l’Italie, les deux premières économies de la zone après la France, sont particulièrement touchées par le ralentissement industriel.
Le Fonds monétaire international (FMI) a, dans la foulée, abaissé sa prévision de croissance pour la zone euro à 0,9 % cette année, contre 1,1 % anticipé en avril. « La guerre en Iran et la hausse des prix de l’énergie pénalisent la zone euro plus fortement qu’anticipé jusqu’à présent », a commenté l’institution de Washington.
La Banque mondiale anticipe de son côté la croissance planétaire la plus basse depuis la pandémie de Covid-19, susceptible de tomber à 1,3 % si le conflit au Moyen-Orient ne s’apaise pas. En France, le nouveau gouverneur de la Banque de France a confirmé que les prévisions de croissance actualisées à la mi-juin « seront en dessous de 0,9 % », contre 0,9 % attendu en mars.
Un équilibre délicat
Le relèvement des taux place la BCE dans une position d’équilibriste : contenir l’inflation sans étouffer une économie déjà fragilisée. Le taux de dépôt relevé jeudi influence directement le coût du crédit pour les entreprises et les ménages de la zone euro, des prêts immobiliers aux financements d’investissement.
Le taux du Livret A, indexé en partie sur l’inflation, devrait mécaniquement remonter aux alentours de 1,8 % le mois prochain, selon le directeur général de la Caisse des Dépôts, Olivier Sichel, interrogé sur Public Sénat. Pour les épargnants, cette perspective compense en partie l’érosion du pouvoir d’achat, tandis que les emprunteurs immobiliers voient le coût de leurs crédits s’alourdir.
Le conseil des gouverneurs de la BCE a indiqué qu’il « continuera de suivre une approche dépendante des données, réunion par réunion, pour déterminer le niveau et la durée appropriés du resserrement ». La prochaine réunion de politique monétaire est prévue le 24 juillet 2026 à Francfort.
