La direction de la SNCF a annoncé mardi 23 juin le versement d’une prime exceptionnelle de 100 euros bruts à l’ensemble de ses quelque 150 000 cheminots, sur la fiche de paie de juillet. Cette mesure fait suite à la grève très suivie du 10 juin, qui avait mobilisé près de la moitié des effectifs contre la filialisation du groupe et pour une revalorisation des salaires.
La grève du 10 juin, à l’appel des quatre principaux syndicats de la SNCF, avait paralysé une partie du trafic ferroviaire. La CGT, l’un des syndicats à l’origine de la mobilisation, avait estimé la participation à près de 50 % des cheminots. Les organisations syndicales dénonçaient la création de filiales destinées à répondre aux appels d’offres des régions, dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du réseau ferroviaire, et réclamaient une revalorisation salariale.
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de transformation profonde du groupe public. La SNCF doit faire face à l’ouverture progressive de ses lignes à la concurrence depuis la transposition des directives européennes. Les régions, désormais autorités organisatrices de transports, peuvent lancer des appels d’offres pour déterminer quel opérateur exploitera les lignes de leur territoire. Les syndicats y voient un risque de dégradation des conditions de travail et une remise en cause du statut de cheminot, tandis que les élus locaux espèrent une amélioration de l’offre et de la qualité de service.
Prime de 100 euros et cent embauches supplémentaires
En réponse, la direction, présidée par Jean-Pierre Farandou, a annoncé le versement d’une prime de 100 euros bruts à chaque cheminot. Le groupe s’est également engagé sur une centaine d’embauches complémentaires dans les fonctions des ressources humaines. La SNCF, qui a réalisé un bénéfice record de 1,8 milliard d’euros en 2025, souhaite ainsi « retrouver de la sérénité » et éviter une dégradation du climat social estival, selon des propos rapportés par Le Figaro et Franceinfo.
Filialisation : un délai supplémentaire pour négocier
Au-delà de la prime, la direction a accordé du temps supplémentaire pour négocier les conditions de travail dans les nouvelles sociétés locales, créées pour répondre aux appels d’offres régionaux. Les salariés transférés dans les trois sociétés existantes auront jusqu’à « fin 2027 », avec une option d’un an supplémentaire, pour négocier l’organisation du temps de travail, contre 15 mois initialement prévus. Les futures sociétés issues de prochains appels d’offres disposeront de deux ans.
« Il s’agit de se donner un maximum de chances pour embarquer les personnels dans la concurrence, il faut gagner avec le personnel, l’ouverture à la concurrence ne se fera pas sans les cheminots », a-t-on expliqué à la direction de la SNCF, selon des propos cités par Le Figaro. De son côté, la direction a précisé que les demandes locales étaient nécessairement différenciées : « Les demandes sont différentes à Nice où existent beaucoup de trains en soirée et par exemple en milieu rural, où les demandes aux salariés porteront plutôt sur une polyvalence des tâches. »
Un dialogue social sous tension
Les assouplissements et mesures salariales ne s’appliquent pas aux anciens personnels ayant déjà basculé dans des sociétés concurrentes ayant remporté des appels d’offres, comme ceux de Transdev qui exploitent depuis un an la liaison régionale Nice-Marseille. La SNCF souligne que les personnels bénéficiant du statut SNCF le conservent dans les nouvelles sociétés créées. Le groupe rappelle qu’il ne recrute plus « au statut » depuis 2020, recrutant désormais en CDI. Actuellement, 32 % des effectifs sont en CDI et 68 % sous statut SNCF. D’ici la fin de la décennie, la proportion devrait atteindre 50-50, selon le groupe.
Les syndicats, qui réclamaient l’arrêt pur et simple de la filialisation, ont jugé ces propositions insuffisantes. La CGT a notamment dénoncé une réponse « loin du compte » face aux revendications de revalorisation salariale et de maintien du statut. La période estivale s’ouvre dans un climat social tendu, alors que le trafic ferroviaire reste soutenu et que les voyageurs subissent déjà des perturbations depuis la grève du 10 juin. D’autres organisations syndicales, dont Sud-Rail, avaient déposé un préavis de grève couvrant la période du 12 juin au 1er septembre, laissant planer une menace de nouvelles perturbations pendant les départs en vacances.
