Un rapport remis ce mercredi 24 juin au ministère de l’Enseignement supérieur préconise de quintupler les frais d’inscription dans les universités françaises. La licence passerait de 178 à 900 euros annuels et le master de 243 à 1 300 euros.
Le document, dont l’existence a été révélée par Le Monde et confirmée par plusieurs médias dont Franceinfo, Le Parisien, Libération et BFM, dresse un constat sévère sur la situation financière des établissements. Le modèle économique actuel y est décrit comme « non soutenable » à moyen terme.
Selon les informations disponibles, le rapport pointe un gel des droits d’inscription depuis plus de dix ans. Pendant cette période, l’inflation a progressé de près de 25 % et les effectifs étudiants ont augmenté de 15 %, creusant l’écart entre les ressources et les besoins des universités. Les établissements français disposeraient en moyenne d’un budget par étudiant inférieur de 30 % à celui de leurs homologues européens, un écart qui se serait creusé au cours de la dernière décennie.
Le rapport prévoirait un mécanisme de modulation selon les revenus des familles. Les étudiants boursiers seraient exonérés, tandis qu’un barème progressif s’appliquerait aux autres. Les diplômés commenceraient à rembourser une partie des frais une fois leur premier emploi obtenu, selon un système qui rappelle le modèle australien du HECS-HELP.
Les syndicats étudiants montent au créneau
Les réactions n’ont pas tardé. L’Unef a dénoncé « une attaque frontale contre l’égalité d’accès aux études supérieures » et promis une mobilisation si le gouvernement décidait de suivre ces recommandations. La Fage, second syndicat étudiant, a estimé que les classes moyennes seraient les premières touchées : trop aisées pour bénéficier des bourses sur critères sociaux, mais incapables de supporter une hausse de 722 euros par an.
Un responsable syndical a déclaré à BFM que « multiplier les frais par cinq revient à fermer la porte de l’université à des dizaines de milliers de jeunes », une position relayée par plusieurs organisations étudiantes dans la matinée.
Du côté des présidents d’université, réunis au sein de France Universités, aucune réaction officielle n’avait été communiquée mercredi en fin de matinée. Plusieurs d’entre eux plaident toutefois depuis des années pour une revalorisation des droits, à condition qu’elle s’accompagne d’un renforcement des aides sociales et d’un système de bourses élargi. Le financement des universités reste l’un des dossiers les plus épineux du quinquennat sur le plan budgétaire.
Un débat récurrent, jamais tranché
La question des frais d’inscription est un marronnier de la vie politique française. En 2018, la hausse des droits pour les étudiants extra-européens avait suscité des occupations dans plusieurs universités avant d’être partiellement retirée. En 2021, un rapport de l’Institut Montaigne proposait déjà de tripler les droits. En décembre 2025, la Cour des comptes avait recommandé une « révision du modèle de financement des universités » dans son rapport annuel.
À l’étranger, plusieurs pays ont adopté des systèmes de frais élevés compensés par des prêts remboursables. Le Royaume-Uni plafonne les droits à 9 250 livres sterling par an depuis 2017. Les Pays-Bas appliquent un tarif unique de 2 530 euros. L’Australie a généralisé le système HECS-HELP de remboursement conditionné au revenu depuis la fin des années 1980. L’Allemagne, à l’inverse, a supprimé l’intégralité des frais d’inscription dans la plupart de ses Länder depuis 2014, un choix politique assumé après une décennie d’expérimentation.
Le ministère de l’Enseignement supérieur a précisé qu’il s’agissait d’un document de travail et non d’un projet de loi. « Ce rapport n’engage pas le gouvernement », a indiqué l’entourage de la ministre, qui n’a pas souhaité faire de commentaire supplémentaire dans l’immédiat. Aucun calendrier n’a été fixé pour d’éventuelles annonces gouvernementales.
