La Commission européenne a ouvert vendredi 26 juin une enquête formelle contre le groupe pharmaceutique français Sanofi, soupçonné d’entrave à la concurrence sur le marché des vaccins antigrippaux. Le géant pharmaceutique est suspecté d’avoir mené une campagne de dénigrement systématique contre un vaccin concurrent.
Bruxelles accuse Sanofi d’avoir abusé de sa position dominante en ciblant le vaccin Fluad, commercialisé par l’entreprise australienne CSL Seqirus, afin de promouvoir son propre produit, l’Efluelda. L’enquête fait suite à des perquisitions menées l’année dernière dans les locaux du groupe en France et en Allemagne, dans le cadre d’une procédure préliminaire ouverte par la Commission.
Une campagne de communication trompeuse
Selon le communiqué publié par l’exécutif européen, Sanofi aurait mené « une campagne de communication trompeuse visant à dénigrer le vaccin Fluad en le présentant comme inférieur à l’Efluelda, allant ainsi à l’encontre des recommandations vaccinales nationales de plusieurs États membres ». Cette campagne ciblait principalement les professionnels de santé en Allemagne et en France, deux marchés clés pour les vaccins antigrippaux haute dose destinés aux personnes âgées.
La Commission considère que ces pratiques pourraient constituer une violation de l’article 102 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit les abus de position dominante. Si les faits étaient confirmés, l’entreprise s’expose à une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires annuel mondial, conformément au droit européen de la concurrence. L’enquête portera également sur d’éventuelles clauses d’exclusivité et pratiques commerciales qui auraient pu verrouiller l’accès au marché pour les concurrents.
Un marché stratégique pour Sanofi
Sanofi est l’un des principaux acteurs mondiaux du marché des vaccins contre la grippe saisonnière, un secteur estimé à plusieurs milliards d’euros. L’Efluelda, son vaccin haute dose destiné aux personnes de 65 ans et plus, est l’un de ses produits phares. Il concurrence directement le Fluad de CSL Seqirus, également positionné sur ce segment des seniors, qui représentent la majorité des hospitalisations et décès liés à la grippe chaque année.
Le groupe français a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 7 milliards d’euros dans le segment des vaccins en 2025, sur un total d’environ 45 milliards d’euros de revenus consolidés. La branche vaccins représente une part significative de ses revenus, aux côtés des médicaments de spécialité et des produits de santé grand public. Cette affaire intervient dans un contexte de renforcement des contrôles de Bruxelles sur le secteur pharmaceutique, considéré comme stratégique pour la souveraineté sanitaire européenne.
Sanofi conteste les accusations
Interrogé par l’AFP, le groupe français a rejeté les accusations de la Commission. « Sanofi est convaincu d’avoir agi, et de continuer à agir, en totale conformité avec l’ensemble des lois et réglementations applicables, y compris le droit de la concurrence », a déclaré une porte-parole du groupe. Sanofi a indiqué qu’il coopérerait pleinement avec les autorités européennes dans le cadre de cette procédure.
L’ouverture de cette enquête formelle n’équivaut pas à une condamnation. La Commission dispose désormais d’un délai pour instruire le dossier, entendre les parties et examiner les preuves avant de rendre sa décision, qui peut faire l’objet de recours devant la Cour de justice de l’Union européenne. Cette procédure pourrait durer plusieurs mois, voire plusieurs années, avant une décision définitive.
À la Bourse de Paris, l’action Sanofi évoluait dans le rouge vendredi après l’annonce de cette procédure. Les analystes financiers anticipent un risque de sanction financière significative, même si le groupe dispose de réserves suffisantes pour y faire face sans remettre en cause sa stratégie de développement. Le titre du groupe pharmaceutique a reculé de plus de 2 % dans les échanges de l’après-midi, dans un marché parisien orienté à la baisse.
