Le general Muhoozi Kainerugaba, chef des forces de defense ougandaises et fils du president Yoweri Museveni, a ordonne dimanche 28 juin la fermeture du principal groupe de medias independant du pays. Plusieurs titres ont cesse leur diffusion et des soldats ont ete deployes devant leurs bureaux a Kampala.
Dans un message publie sur X, le general Kainerugaba a annonce : « NTV et Monitor sont fermes a partir d’aujourd’hui. » Il a ajoute : « En Ouganda, je ne crois pas a la liberte de la presse. La presse doit etre guidee par des cadres de la revolution. Ni NTV ni Monitor ne rouvriront sans ma permission. »
NTV Uganda (television) et le Daily Monitor (quotidien), tous deux appartenant au groupe Nation Media Group, ont confirme dans des messages sur X qu’ils etaient « assieges par l’armee ». Des soldats ont ete postes devant leurs locaux dans la capitale ougandaise.
D’autres medias du groupe sont egalement touches. Spark TV, Dembe FM, KFM et The East African, un hebdomadaire regional, ont egalement cesse leurs activites. L’ensemble de ces titres represente le plus important groupe de medias independant d’Afrique de l’Est, avec des audiences significatives en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie.
Les journalistes et employes des medias concernes ont ete invites a quitter leurs locaux. Selon des temoignages recueillis sur les reseaux sociaux, des militaires armes controlent l’acces aux batiments du groupe dans le centre de Kampala. Aucun incident violent n’a ete signale au moment de l’evacuation.
Le successeur presume du clan Museveni
Muhoozi Kainerugaba, 52 ans, commande les forces de defense ougandaises depuis 2024. Il est le fils aine du president Yoweri Museveni, au pouvoir sans interruption depuis 1986. Il est largement considere comme un successeur potentiel et exerce une influence croissante sur les institutions du pays, y compris sur l’appareil securitaire.
Sous le regime de Yoweri Museveni, l’Ouganda occupait en 2025 la 132e place sur 180 au classement mondial de la liberte de la presse etabli par Reporters sans frontieres. Le pays a connu plusieurs affaires de repression de medias ces dernieres annees, notamment la suspension de stations de radio, le brouillage de frequences et l’intimidation judiciaire de journalistes d’investigation.
Le general Kainerugaba s’est deja distingue par des declarations controversees par le passe, notamment sur des questions militaires et diplomatiques. Il entretient un compte X tres suivi sur lequel il commente regulierement l’actualite nationale et regionale.
Un groupe de medias panafricain
Le Nation Media Group, dont le siege est a Nairobi au Kenya, est l’un des plus importants conglomerats de medias d’Afrique de l’Est. Fonde en 1959, il publie le Daily Nation au Kenya, le Daily Monitor en Ouganda et The Citizen en Tanzanie, en plus de ses chaines de television et stations de radio.
Le groupe est connu pour sa ligne editoriale independante et ses enquêtes journalistiques. Plusieurs de ses journalistes ont recu des prix internationaux pour leurs travaux sur la corruption et les droits de l’homme dans la region des Grands Lacs.
La fermeture ordonnee par le general Kainerugaba prive plusieurs millions d’Ougandais de leurs sources d’information les plus suivies. NTV Uganda etait notamment l’une des rares chaines a proposer des programmes d’information critiques envers le pouvoir.
Reactions en attente
Aucune reaction officielle n’avait encore ete emise par la communaute internationale en fin de journee dimanche. Les Etats-Unis et l’Union europeenne avaient deja exprime par le passe leurs preoccupations concernant le recul des libertes publiques en Ouganda, sans pour autant imposer de sanctions.
Les organisations de defense des droits de l’homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont regulierement denonce la repression des voix critiques dans le pays. Le gouvernement ougandais a toujours rejete ces accusations, invoquant la necessite de maintenir l’ordre et la securite nationale.
La situation des medias en Ouganda reste suivie par plusieurs organisations internationales, alors que le pays se prepare pour une transition politique dont les contours restent incertains.
