Quelque 192 000 Calédoniens sont appelés aux urnes ce dimanche 28 juin pour les premières élections provinciales depuis 2019, un scrutin reporté à trois reprises et considéré comme déterminant pour l’avenir institutionnel du territoire.
Les électeurs doivent renouveler les assemblées des trois provinces, Sud, Nord et Îles Loyauté, qui déterminent la composition du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Le scrutin, initialement prévu en 2024, a été repoussé à trois reprises faute d’accord sur l’avenir institutionnel du territoire, dans l’impasse depuis les émeutes de 2024.
La province Sud concentre les enjeux les plus importants. Avec près de 75 % de la population, la majorité de l’activité économique et 40 élus provinciaux, dont 32 siègent également au Congrès sur 54 élus, elle constitue la clé de voûte du système politique calédonien. Les Loyalistes et Le Rassemblement, principaux partis non-indépendantistes, y présentent une liste commune menée par la présidente sortante Sonia Backès.
« Pour la première fois, on a peut-être une occasion unique et historique de voir les non-indépendantistes prendre la majorité seuls au Congrès », a déclaré le député Nicolas Metzdorf. Une telle majorité permettrait de mener des réformes fiscales, sociales et éducatives dans une logique libérale, selon les partis loyalistes.
Face à eux, les indépendantistes du FLNKS, menés par Christian Tein, espèrent empêcher ce qu’ils présentent comme une tentative de « grand chelem institutionnel ». Ils appellent à faire du scrutin un vote sanction contre les politiques menées par Sonia Backès à la tête de l’exécutif de la province Sud. « Il faut gagner pour donner de la force au président du FLNKS qui va aller chercher Kanaky », a lancé la candidate Oriane Cingöne Trolue lors d’un meeting à Dumbéa, dans le grand Nouméa.
Les élections provinciales de 2026 se déroulent dans un contexte de profonde division politique, près de quarante ans après les accords de Matignon-Oudinot (1988) qui ont organisé le partage du pouvoir entre un Sud majoritairement loyaliste et des provinces Nord et Îles Loyauté à dominante indépendantiste. Les trois référendums d’autodétermination, organisés en 2018, 2020 et 2021, ont tous rejeté l’indépendance, sans parvenir à solder le débat institutionnel.
Le scrutin de dimanche intervient dans un climat social tendu. Les émeutes de 2024, provoquées par la contestation du dégel du corps électoral, ont laissé des traces profondes dans la société calédonienne. Plusieurs dizaines de personnes avaient été blessées et les dégâts matériels s’étaient élevés à plusieurs centaines de millions d’euros. Depuis, les discussions sur l’avenir institutionnel du territoire n’ont pas abouti à un consensus.
Le taux de participation était suivi de près par les observateurs. À 17 heures, la participation s’établissait en recul par rapport aux scrutins précédents, l’abstention étant partie pour battre un record, selon les premières estimations d’Outre-mer La 1ère. Les bureaux de vote ont ouvert à 8 heures et fermé à 18 heures, heure locale. Les résultats définitifs sont attendus dans la soirée.
Ces provinciales sont la première étape d’un processus politique qui devra déterminer l’organisation institutionnelle future de la Nouvelle-Calédonie. Indépendamment du résultat, les discussions entre loyalistes et indépendantistes devront reprendre sous l’égide de l’État français pour définir un statut stable pour l’archipel du Pacifique Sud.
Sur le plan économique, la Nouvelle-Calédonie traverse une période difficile. Le nickel, principale ressource du territoire, subit une baisse des cours mondiaux et plusieurs usines métallurgiques connaissent des difficultés financières. La question du nickel est au cœur des débats de la campagne, les candidats proposant des stratégies divergentes pour soutenir la filière et préserver l’emploi dans un secteur qui représente plusieurs milliers de postes.
Le ministre délégué chargé des Outre-mer suit le déroulement du scrutin depuis Paris. Le gouvernement a appelé au calme et au respect du processus démocratique, alors que les forces de l’ordre avaient été renforcées sur l’archipel en prévision des élections. Aucun incident majeur n’avait été signalé en milieu de journée, selon les autorités locales.
La Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique Sud situé à environ 1 500 kilomètres à l’est de l’Australie, compte environ 270 000 habitants. Son statut institutionnel unique, hérité des accords de Nouméa (1998), prévoit un transfert progressif des compétences de l’État vers les institutions locales, ainsi que la possibilité d’organiser des référendums d’autodétermination.
