La police nord-irlandaise a fait usage de canons à eau, mercredi 10 juin au soir, pour disperser des manifestants dans plusieurs secteurs de Belfast. Ces heurts, les deuxièmes en deux jours, font suite à une attaque au couteau survenue la veille dans le nord de la capitale nord-irlandaise.
Des canons à eau déployés à Glengormley
Dans le quartier de Glengormley, au nord de Belfast, les forces de l’ordre ont utilisé des canons à eau pour bloquer l’accès à une route menant à un établissement hôtelier. Des projectiles, briques, bouteilles et morceaux de trottoir, ont été lancés en direction des policiers, selon le service de police d’Irlande du Nord (PSNI). Des feux de véhicules ont également été signalés dans plusieurs zones résidentielles.
Les opérateurs de bus et de trains ont suspendu leurs services de manière anticipée mercredi soir, par mesure de précaution. Le PSNI avait déployé 200 agents supplémentaires en renfort après une première nuit de violences.
27 personnes sans logement après la première nuit
La veille, mardi 9 juin, des incidents d’une ampleur plus importante avaient déjà secoué la ville. Des habitations, des véhicules et un bus ont été incendiés dans plusieurs zones résidentielles. Les services d’incendie ont dû intervenir pour secourir des familles prises au piège dans des logements en feu.
Selon Ruth Anderson, ministre britannique, au moins 27 personnes se sont retrouvées sans domicile à la suite de ces événements. Un habitant du nom de Jamie Corry a déclaré à des médias britanniques avoir vu sa maison brûler sans pouvoir intervenir.
Le suspect présenté à un juge
Ces troubles font suite à une agression au couteau survenue le 9 juin dans le quartier de Kinnaird Avenue. La victime, Stephen Ogilvie, un homme d’une quarantaine d’années, a été grièvement blessée au visage, au cou et au dos, et a perdu l’usage de son œil gauche.
Le suspect, Hadi Alodid, un ressortissant soudanais âgé de 30 ans, a été présenté le 10 juin devant le tribunal de première instance de Belfast. Il est poursuivi pour tentative de meurtre, port d’arme blanche et menaces de mort. Placé en détention provisoire, l’affaire a été renvoyée au 8 juillet. Aucun mobile terroriste n’a été retenu par les enquêteurs à ce stade.
Selon les services de police, Hadi Alodid est entré en Irlande du Nord depuis la République d’Irlande en 2023, et avait obtenu un permis de séjour de cinq ans après avoir déposé une demande d’asile.
La famille de la victime appelle au calme
Dans un communiqué transmis aux médias britanniques, la famille de Stephen Ogilvie a fermement condamné les violences : « Nous tenons à dire clairement que les troubles nocturnes ne sont pas les bienvenus, et que la protestation pacifique est la seule voie à suivre. Nous ne voulons pas que cette terrible tragédie soit utilisée pour diviser les gens ou attiser l’hostilité. »
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a qualifié les scènes de violence de « choquantes et totalement inacceptables », ajoutant qu’il n’existe « aucune justification aux violences et aux désordres, ni pour ceux qui les ont encouragées, en ligne ou ailleurs ».
Le chef du PSNI, Jon Boutcher, a dénoncé des actes qu’il a qualifiés de « comportement odieux », estimant que ces violences constituaient « un acte d’automutilation de la part d’imbéciles ». La Première ministre nord-irlandaise Michelle O’Neill (Sinn Féin) a parlé de « lâcheté écœurante ».
Un contexte de tensions au Royaume-Uni
Ces heurts surviennent dans un climat de tensions au Royaume-Uni, quelques semaines après le meurtre d’un étudiant à Southampton, dans le sud de l’Angleterre, qui avait également donné lieu à des rassemblements. Des vidéos de l’attaque de Belfast ont largement circulé sur les réseaux sociaux dans la journée de mardi, alimentant les appels à manifester.
Des voix se sont élevées pour demander un réexamen de la frontière ouverte entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, un pilier de l’accord de paix ayant mis fin au conflit nord-irlandais.
