Le gouvernement israélien a reconnu officiellement le génocide arménien dimanche 28 juin, à l’issue d’un vote unanime. Une décision historique aussitôt condamnée par Ankara, qui rejette l’emploi de ce terme.
Le cabinet israélien a adopté à l’unanimité la reconnaissance du génocide arménien lors de sa réunion hebdomadaire, selon plusieurs médias israéliens et internationaux. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar avait porté cette initiative ces derniers jours, invoquant un « devoir moral et historique ».
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a formellement reconnu la qualification de génocide pour les massacres d’Arméniens perpétrés par l’Empire ottoman en 1915-1916, qui ont fait environ 1,5 million de morts. Israël s’abstenait jusqu’à présent d’utiliser ce terme, invoquant la relation stratégique avec la Turquie et une volonté de ne pas fragiliser la mémoire de la Shoah.
Une décision votée à l’unanimité
Le vote du gouvernement israélien a été rendu public en fin de matinée. Selon les médias israéliens, dont i24NEWS et le Times of Israel, la résolution a été adoptée sans opposition. Gideon Sa’ar avait déposé une motion en ce sens, jugeant que le temps était venu pour Israël de reconnaître les faits « au nom de la vérité et de la mémoire ».
Cette reconnaissance intervient dans un contexte de tensions régionales accrues, alors qu’Israël est engagé militairement sur plusieurs fronts. La décision rompt avec des décennies de prudence diplomatique de l’État hébreu sur ce dossier.
La Turquie dénonce une décision « inacceptable »
Ankara a immédiatement réagi. Le ministère turc des Affaires étrangères a condamné la reconnaissance israélienne, qualifiant la décision d’« inacceptable » et de « contraire aux réalités historiques ». La Turquie rejette systématiquement la qualification de génocide pour les événements de 1915-1916, qu’elle présente comme des violences interethniques dans le contexte de la Première Guerre mondiale.
La réaction turque ravive les tensions entre les deux pays, dont les relations s’étaient déjà dégradées ces derniers mois. Selon Libération et Ouest-France, Ankara a dénoncé une décision motivée par des « calculs politiques internes » à Israël.
Une portée historique
Plus d’une trentaine de pays, dont la France depuis 2001, les États-Unis depuis 2021 et l’Allemagne depuis 2016, ont déjà reconnu officiellement le génocide arménien. L’adhésion d’Israël, dont la diplomatie s’était toujours gardée de franchir ce pas, constitue un tournant symbolique.
La position israélienne sur le génocide arménien a longtemps été dictée par des considérations géopolitiques. Jusqu’à ce dimanche, les gouvernements successifs de l’État hébreu refusaient d’employer le terme, invoquant à la fois le caractère singulier de la Shoah et la nécessité de préserver les relations avec Ankara, allié stratégique au sein de l’OTAN. Le revirement israélien coïncide avec une dégradation marquée des relations turco-israéliennes depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023.
La décision du cabinet Netanyahou intervient également dans un contexte de rapprochement entre Israël et plusieurs pays du Caucase, dont l’Azerbaïdjan. Erevan, qui milite depuis des décennies pour une reconnaissance internationale du génocide, voit dans ce vote une avancée diplomatique significative. Selon Nouvelles d’Arménie en Ligne, le ministère arménien des Affaires étrangères n’avait pas souhaité commenter l’initiative israélienne avant le vote.
La communauté internationale a rapidement réagi. L’ONG Armenian National Committee of America a salué « un pas historique vers la justice ». En Europe, plusieurs capitales ont pris acte de la décision israélienne sans commentaire officiel immédiat. La reconnaissance par Israël, dernier grand allié des États-Unis à franchir le pas sur ce dossier, isole un peu plus la position turque sur la scène internationale.
La reconnaissance israélienne pourrait encourager d’autres États à franchir le pas. Le Royaume-Uni, l’Inde et plusieurs pays d’Amérique latine n’ont toujours pas reconnu officiellement le génocide arménien. La décision du gouvernement Netanyahou relance le débat sur la qualification juridique des événements de 1915-1916.
