Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé vendredi 17 juillet que l’Allemagne participera « dès cette année » à un exercice nucléaire français, un pas inédit vers la « dissuasion européenne » que Paris et Berlin appellent de leurs vœux.
La déclaration a été faite à l’issue du conseil des ministres franco-allemand qui s’est tenu à Brühl, près de Cologne, dans l’ouest du pays. « L’Allemagne et la France approfondissent leur coopération en matière de défense. Nous renforçons la dissuasion européenne », a écrit le chancelier sur X. « Dès cette année, nous prendrons part à un exercice nucléaire des forces armées françaises. »
Cet exercice, baptisé Poker, est une opération aéroportée menée quatre fois par an par les forces françaises. Il simule un raid nucléaire à très basse altitude et très grande vitesse, avec opposition d’une force adverse. L’exercice dure environ dix heures et mobilise des avions Rafale capables d’emporter des missiles ASMPA. Des responsables britanniques avaient déjà pu assister à un exercice Poker en décembre 2025, une première pour un pays étranger, selon Le Figaro.
Les partenaires de la France pourraient participer à la dissuasion sur trois volets : l’alerte avancée, notamment les radars ; les frappes dans la profondeur ; et la défense antimissiles. Des discussions sont en cours avec plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, pour définir les modalités précises de cette coopération.
Dans une déclaration commune publiée à l’issue du conseil des ministres, Berlin et Paris insistent sur le fait que cette coopération vient compléter, sans s’y substituer, la dissuasion nucléaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Les deux gouvernements affirment que ce partenariat contribuera à renforcer la dissuasion en Europe et à accroître la sécurité du continent, tout en respectant les obligations juridiques internationales des deux pays.
Cette annonce s’inscrit dans le cadre de la doctrine de « dissuasion avancée » présentée par le président Emmanuel Macron en mars 2026. Le chef de l’État français avait alors proposé d’ouvrir le parapluie nucléaire français à des partenaires européens, une initiative qui a suscité des débats parmi les États membres. L’Allemagne est le premier pays à officialiser sa participation à un exercice nucléaire français depuis ce discours fondateur.
Le chancelier Friedrich Merz, en poste depuis février 2026, a fait du renforcement de la Bundeswehr et de la coopération européenne de défense une priorité de son mandat. Le conseil des ministres franco-allemand de Brühl a également abordé d’autres dossiers, dont l’avenir du Système de combat aérien du futur (SCAF) et le partage des capacités militaires entre les deux pays. La participation allemande à l’exercice Poker constitue une avancée concrète dans le rapprochement des doctrines de défense des deux premières puissances de l’Union européenne.
L’annonce de Friedrich Merz intervient dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, marqué par la guerre en Ukraine et les interrogations sur l’engagement des États-Unis dans la sécurité européenne. La France dispose de la seule arme nucléaire de l’Union européenne depuis le Brexit et le retrait du Royaume-Uni. Sa dissuasion repose sur quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de classe Le Triomphant et sur les avions Rafale de l’armée de l’air et de la marine nationale, capables de porter des missiles air-sol moyenne portée améliorés (ASMPA).
L’Allemagne héberge déjà sur son sol des armes nucléaires américaines dans le cadre du programme Nuclear Sharing de l’OTAN. Les avions Tornado de la Luftwaffe sont certifiés pour emporter les bombes B61. La participation à l’exercice Poker représente un rapprochement supplémentaire avec la doctrine nucléaire française, sans transfert d’armes ni de technologies souveraines. Cette coopération marque une nouvelle étape dans l’intégration des politiques de défense européenne, près de vingt ans après le discours de la Bundeswehr à l’École militaire en 2007.
