Arlette Testyler, rescapée de la rafle du Vélodrome d’Hiver de juillet 1942 et présidente de l’Union des déportés d’Auschwitz, est morte le vendredi 12 juin 2026 à l’âge de 93 ans. L’annonce a été faite par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, confirmée samedi 13 juin par plusieurs médias.
Une vie marquée par la rafle du 16 juillet 1942
Née Arlette Reiman le 30 mars 1933 dans le 12e arrondissement de Paris, elle est la fille d’Abraham Reiman, artisan fourreur originaire de Pologne. Arrivé en France avant ses 20 ans, ce dernier disait à sa fille que la France était « le pays des droits de l’homme, le pays de Voltaire, Rousseau, Zola ».
En mai 1941, Abraham Reiman est arrêté lors de la rafle dite du « billet vert » et interné au camp de Pithiviers. Il est déporté le 25 juin 1942 par le convoi n°4 vers Auschwitz, où il meurt à l’âge de 37 ans. Quelques semaines plus tard, le 16 juillet 1942, Arlette, alors âgée de 9 ans, est arrêtée à son tour avec sa mère Malka et sa sœur Madeleine lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver, au cours de laquelle plus de 13 000 Juifs sont arrêtés par la police française.
Conduite au Vélodrome d’Hiver, Arlette Testyler est ensuite internée au camp de transit de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. Elle réussit à s’en évader avec sa mère et sa sœur, un fait rare pour les internés du camp. Toutes trois survivent cachées à Vendôme, dans le Loir-et-Cher, grâce à Jeanne et Jean Philippeau, un couple d’artisans-savetiers. Ceux-ci sont reconnus Justes parmi les Nations par le mémorial Yad Vashem en 2025.
Une existence consacrée à la mémoire
Après la guerre, Arlette Testyler consacre sa vie au travail de mémoire. Elle intervient dans les établissements scolaires, participe aux cérémonies commémoratives et témoigne dans les lieux de mémoire. En 2010, elle publie Les Enfants aussi ! aux éditions Delattre, ouvrage préfacé par l’écrivaine Tatiana de Rosnay, dans lequel elle raconte son parcours d’enfant cachée.
Fin 2024, elle prend la présidence de l’Union des déportés d’Auschwitz. Lors de la cérémonie de reconnaissance des Philippeau comme Justes parmi les Nations en 2025, elle déclare : « Je veux appeler l’Histoire pour repousser l’ombre froide de l’oubli et de l’ignorance. »
Officière de la Légion d’honneur depuis le 11 juillet 2025 et commandeur de l’ordre des Palmes académiques la même année, Arlette Testyler ne cesse d’alerter sur la montée de l’antisémitisme en Europe. « Désormais, la mémoire est une ligne de résistance, car la vague remonte, en particulier en Europe », répétait-elle lors de ses interventions.
Les hommages
Ariel Goldman, président du Fonds social juif unifié (FSJU), a salué la mémoire d’une « enfant du Vel d’Hiv devenue, tout au long de sa vie, une passeuse infatigable de vérité, de courage et d’humanité ». Il a rappelé qu’elle avait « consacré son existence à raconter l’indicible, à dire l’injustice subie par les siens, et à transmettre aux jeunes générations l’exigence du souvenir ».
Arlette Testyler était veuve de Charles Testyler. La date et le lieu de ses obsèques n’ont pas encore été rendus publics.
