Cuba connaissait lundi 6 juillet une nouvelle panne électrique générale, la troisième en moins de six mois, au moment où le blocus pétrolier imposé par Washington en janvier paralyse la production d’électricité de l’île.
L’Unión Eléctrica (UNE) a signalé une « déconnexion totale du système électro-énergétique national », précisant rechercher les causes de cette coupure qui touche l’ensemble de l’île de 9,6 millions d’habitants. Il s’agit de la huitième panne générale depuis fin 2024.
Un réseau vieillissant asphyxié par le blocus
La production d’électricité à Cuba repose principalement sur sept centrales thermiques vieillissantes, qui subissent des pannes fréquentes ou doivent être arrêtées pour maintenance, ainsi que sur un réseau de groupes électrogènes de secours alimentés par du diesel importé. La principale centrale du pays, Antonio Guiteras, située dans l’ouest et à l’arrêt lundi pour une panne, a vu son activité paralysée plus de quinze fois depuis le début de l’année en raison d’avaries successives.
Les coupures quotidiennes se sont intensifiées depuis que Washington a imposé un blocus pétrolier en janvier, qui empêche les livraisons de carburant. Les délestages atteignent désormais plus de trente heures d’affilée à La Havane et plusieurs jours en province, malgré un vaste programme de parcs solaires lancé il y a deux ans.
Des habitants à l’épreuve du noir
« Il n’y a pas de wifi, pas d’électricité, on ne peut pas travailler », témoigne auprès de l’AFP un programmeur de 24 ans d’une entreprise privée dans le quartier de la Vieille Havane, qui n’a pas souhaité divulguer son nom. « On n’avait que trois ou quatre heures de lumière par jour mais, maintenant, c’est plus grave, on ne sait pas quand ça va un peu revenir », explique Meyboll Font, 51 ans, qui travaille à son compte. « Vivre comme ça, c’est une agonie », dit-elle.
Tensions diplomatiques et débat à l’ONU
Les relations entre les États-Unis et Cuba se sont considérablement tendues depuis le début de l’année, notamment après la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, un allié du gouvernement cubain. Donald Trump estime que Cuba, située à environ 150 kilomètres des côtes de Floride, constitue « une menace exceptionnelle » pour la sécurité nationale américaine.
Lundi, Cuba a dénoncé la volonté des États-Unis d’empêcher l’Assemblée générale de l’ONU de se prononcer mardi sur l’impact du blocus pétrolier et des autres sanctions imposées par Washington. « Le gouvernement des États-Unis tente d’empêcher l’Assemblée générale de l’ONU de se prononcer. Il fait pression sur des gouvernements et cherche à contraindre la volonté souveraine des États membres », a affirmé sur X le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodríguez.
Mises sous pression, les autorités cubaines ont adopté mi-juin un paquet de mesures sans précédent en faveur de l’économie de marché, un bouleversement pour le modèle économique de l’île depuis l’adoption du communisme il y a près de 70 ans.
Des coupures qui s’aggravent de mois en mois
Les pannes électriques ne sont pas un phénomène nouveau à Cuba, mais leur fréquence et leur durée se sont accrues depuis le durcissement de l’embargo américain. En mars 2026, l’île avait déjà connu deux pannes nationales en moins d’une semaine, plongeant les deux tiers du territoire dans le noir. La situation s’est encore dégradée avec l’imposition du blocus pétrolier en janvier, qui a coupé l’île de ses sources d’approvisionnement en carburant. Les autorités cubaines estiment que le blocus coûte à l’île près de 5 milliards de dollars par an, affectant l’ensemble des secteurs, de la santé à l’alimentation.
Le gouvernement cubain comptait sur un vaste programme de centrales solaires pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, mais les délais de réalisation et le manque de financements entravent son déploiement. À La Havane, les résidents doivent composer avec des coupures qui peuvent durer plus de trente heures consécutives, rendant le travail à distance quasi impossible et perturbant la conservation des aliments et des médicaments.
