Le ministère français des Affaires étrangères a annoncé lundi 6 juillet que les diplomates burkinabè doivent quitter la France d’ici la fin de journée, en réponse à la rupture unilatérale des relations diplomatiques décidée par Ouagadougou le 26 juin. Tous les diplomates français en poste au Burkina Faso sont déjà rentrés.
Le chargé d’affaires du Burkina Faso à Paris a été convoqué lundi 29 juin au Quai d’Orsay, après l’annonce par les autorités burkinabè de leur décision de rompre les relations diplomatiques avec la France. « Il lui a été signifié, dans un esprit de réciprocité, que le personnel diplomatique burkinabè devrait également quitter la France sous sept jours », a précisé le ministère, soit d’ici ce lundi 6 juillet au soir.
« Décision hostile et sans fondement »
Paris a une nouvelle fois déploré cette rupture. « Nous regrettons cette décision hostile et sans fondement qui illustre la dérive préoccupante des autorités burkinabè », a déclaré le Quai d’Orsay. Le ministère a également démenti les allégations de soutien français aux groupes terroristes, des accusations « complètement fausses » invoquées par Ouagadougou pour justifier la rupture. « Nous condamnons fermement toutes les attaques terroristes, ainsi que les exactions commises à l’encontre des civils au Sahel et réitérons notre plein soutien aux populations, qui sont les premières victimes de la crise en cours », a ajouté le ministère.
Le Quai d’Orsay a rappelé que l’engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme « est connu de tous, et elle en a lourdement payé le tribut ». Le Sahel est marqué depuis plusieurs années par une recrudescence des attaques jihadistes, en particulier au Mali et au Burkina Faso, où les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’Organisation de l’État islamique étendent leur emprise sur de vastes portions du territoire. Dans ce contexte, les autorités françaises appellent les ressortissants français à une « vigilance renforcée ».
Plus de 2 000 Français au Burkina
Selon le ministère, plus de 2 000 Français sont inscrits au registre consulaire au Burkina Faso, tandis que plus de 6 000 ressortissants burkinabè vivent en France. Tous les diplomates français en poste au Burkina sont rentrés en France « en fin de semaine dernière », a précisé le Quai d’Orsay. Les relations consulaires et la protection des ressortissants restent assurées par d’autres voies diplomatiques.
Le chef de la junte arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré, mène à Ouagadougou une politique souverainiste, répressive envers toute voix critique et hostile aux Occidentaux, en particulier à la France. Dès 2023, la junte avait exigé le rappel de l’ambassadeur de France à Ouagadougou, Luc Hallade, dénoncé un accord militaire avec Paris et obtenu le départ de l’armée française, longtemps engagée dans la lutte contre les groupes jihadistes qui minent le pays depuis une décennie.
Nouveaux partenaires
Le régime du capitaine Traoré a depuis multiplié les invectives envers la France et s’est tourné vers de nouveaux partenaires stratégiques, dont la Russie, la Turquie et l’Iran. Le rapprochement avec Moscou s’est notamment traduit par l’arrivée d’instructeurs militaires russes, présentés comme des « partenaires techniques », dans le cadre d’un recentrement de la politique étrangère burkinabè. La rupture diplomatique, effective depuis le 26 juin, marque une nouvelle étape dans la dégradation des relations entre les deux pays, amorcée il y a près de trois ans. Le gouvernement burkinabè assure toutefois que les relations entre les peuples « ne sont pas concernées » par cette décision politique. La France a pris acte de la rupture et dit avoir « tiré les conséquences » de la décision de Ouagadougou.
