La Marine nationale a arraisonné mardi 23 juin le pétrolier Deliver alors qu’il transitait au large de la Sicile, a annoncé jeudi 25 juin le président Emmanuel Macron. Il s’agit du cinquième navire soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe intercepté par la France depuis septembre 2025.
Le Deliver battait pavillon camerounais et se dirigeait depuis le port de Primorsk, sur la mer Baltique en Russie, lorsqu’il a été arraisonné par les forces navales françaises. « Nous ne laisserons pas la flotte fantôme contourner les sanctions et financer l’effort de guerre russe », a écrit le chef de l’État sur le réseau social X en confirmant l’opération.
Après la montée à bord de l’équipe de visite de la Marine nationale, l’examen des documents de bord a confirmé les doutes quant à la régularité du pavillon arboré par le pétrolier. Un signalement a été effectué au procureur de la République de Marseille, compétent au titre du tribunal maritime en France, a précisé la préfecture maritime de Méditerranée dans un communiqué publié jeudi. Le navire a été dérouté dès le 23 juin et se trouve actuellement escorté par des moyens militaires français vers un point de mouillage où se poursuivront les vérifications administratives et juridiques.
Les autorités françaises n’ont pas communiqué la nature exacte de la cargaison transportée ni la destination finale du Deliver au moment de son interception dans les eaux internationales au large des côtes siciliennes. Le navire naviguait en provenance d’un port russe majeur d’exportation pétrolière, Primorsk, situé dans le golfe de Finlande, qui constitue l’un des principaux terminaux d’exportation du pétrole brut russe vers les marchés internationaux. La traversée depuis la Baltique jusqu’à la Méditerranée implique un long transit via les détroits danois, la mer du Nord et l’océan Atlantique avant d’atteindre Gibraltar.
La flotte fantôme russe désigne un ensemble de pétroliers souvent vieillissants, non assurés et arborant des pavillons de complaisance, qui permettent à Moscou de contourner le plafonnement du prix du baril imposé par les pays du G7 et l’Union européenne. Selon les estimations des autorités maritimes occidentales, plusieurs centaines de navires composeraient cette flotte parallèle, transportant du pétrole brut et des produits raffinés vers des marchés asiatiques et africains via des routes maritimes complexes destinées à brouiller les pistes et à éviter les inspections internationales.
Cette interception s’inscrit dans le cadre des sanctions européennes contre la Russie mises en place depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Le mécanisme de plafonnement du prix du pétrole russe, fixé à 60 dollars le baril par le G7, vise à réduire les revenus pétroliers de Moscou tout en maintenant les flux d’approvisionnement mondiaux. La flotte fantôme permet à la Russie de vendre son pétrole au-delà de ce plafond en utilisant des intermédiaires et des pavillons de complaisance qui échappent aux contrôles des assureurs et des armateurs occidentaux, sapant ainsi l’efficacité du dispositif de sanctions.
Depuis le début de ces opérations en septembre 2025, la France a intercepté cinq pétroliers suspects dans ce cadre. Ces opérations, menées en coordination avec les partenaires européens, renforcent le rôle de surveillance maritime de la Marine nationale en Méditerranée, une route maritime stratégique pour les exportations énergétiques russes vers l’Asie via le canal de Suez. L’Union européenne a renforcé en 2025 ses outils juridiques pour permettre aux États membres d’inspecter et d’arraisonner les navires suspectés de contourner les sanctions, offrant un cadre légal élargi à ces interceptions en haute mer.
La multiplication des interceptions reflète l’ampleur du phénomène de la flotte fantôme, que les autorités européennes estiment responsable d’une part croissante et significative des exportations pétrolières russes. Selon des données compilées par les services de renseignement maritime, ces navires empruntent des itinéraires changeants en Méditerranée et dans l’océan Indien pour échapper aux contrôles des autorités, rendant leur traque complexe pour les marines de guerre occidentales. L’opération française menée au large de la Sicile illustre la détermination de Paris à contribuer activement à l’application des sanctions internationales de l’Union européenne dans cette zone clé du commerce énergétique mondial.
