Les forces armées britanniques ont intercepté, dimanche 14 juin à l’aube, le pétrolier Smyrtos, un navire appartenant à la « flotte fantôme » utilisée par la Russie pour contourner les sanctions occidentales. Il s’agit de la première opération de ce type dirigée par le Royaume-Uni.
Une opération de six heures dans la Manche
L’opération a mobilisé des commandos des Royal Marines, issus du 42e Commando, ainsi que des agents de l’Agence nationale contre le crime (NCA) spécialement formés, selon le communiqué du ministère britannique de la Défense publié dimanche. Le soutien aérien était assuré par des hélicoptères Chinook et le soutien naval par la frégate HMS Sutherland.
Le ministre de la Défense Dan Jarvis a précisé que l’interception s’était déroulée « en étroite coordination avec les Français ». Le navire, battant pavillon camerounais, a ensuite été transféré vers un mouillage au large de la côte sud de l’Angleterre, où il est placé sous surveillance dans l’attente d’une enquête.

Une première pour le Royaume-Uni
Cette interception est la première opération de ce type menée sous commandement britannique. Depuis mars 2026, les forces armées du Royaume-Uni sont autorisées à monter à bord et à saisir les navires de la flotte fantôme qui traversent les eaux sous juridiction britannique. Plus de 500 navires ont été sanctionnés par Londres, d’après les chiffres communiqués par le ministère de la Défense.
La « flotte fantôme » rassemble des navires, souvent de vieux pétroliers à la propriété opaque, utilisés par Moscou pour exporter du pétrole en contournant les embargos imposés depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Selon le courtier maritime BRS, ces navires représentaient en août 2025 environ 18,2 % du tonnage mondial des pétroliers, un chiffre en hausse constante depuis l’instauration par les Occidentaux d’un plafonnement du prix du baril de pétrole russe à 60 dollars en décembre 2022.
Réactions de Londres et de Kiev
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a indiqué avoir personnellement ordonné l’interception. « Cette opération réussie porte un nouveau coup à la Russie et rappelle à ceux qui alimentent la guerre de Poutine en Ukraine que nous ne les laisserons pas se cacher », a-t-il déclaré sur le réseau social X.
Dan Jarvis a ajouté que « la Russie s’appuie sur sa flotte fantôme pour financer son conflit en Ukraine et notre interception porte un coup à la guerre illégale de Poutine ». Du côté ukrainien, le président Volodymyr Zelensky s’est dit « reconnaissant au Royaume-Uni d’avoir pris cette mesure importante contre la flotte pétrolière de la Russie ». Le ministre des Affaires étrangères Andriï Sybiga a qualifié la flotte fantôme « d’instrument de guerre », estimant que « chaque navire arrêté signifie moins d’argent pour la machine de guerre de la Russie ».
Un renforcement de la pression européenne
Cette interception intervient deux semaines après l’arraisonnement par la France du pétrolier Tagor, le 1er juin 2026, également soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe. Depuis septembre 2025, la France a intercepté quatre pétroliers de ce type dans les eaux européennes.
L’Union européenne a récemment élargi le mandat de l’opération navale IRINI en Méditerranée pour y inclure l’inspection des navires soupçonnés de transporter du pétrole russe sous sanctions. La Russie a condamné cette décision, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova qualifiant la notion de « flotte fantôme » de « fabrication politique » sans existence en droit international.
Le gouvernement britannique prévoit par ailleurs de déposer un projet de loi visant à renforcer la protection des câbles sous-marins, dont plusieurs ont été endommagés en mer Baltique depuis 2023. Les navires de la flotte fantôme sont soupçonnés par plusieurs capitales européennes d’être impliqués dans ces incidents. Le Royaume-Uni est relié au reste du monde par 64 grands câbles de télécommunications sous-marins.
Le Smyrtos reste stationné au large de la côte sud de l’Angleterre dans l’attente des conclusions de l’enquête ouverte par les autorités britanniques.
