Les stocks de gaz européens affichent des niveaux préoccupants en ce début juillet 2026. Selon le cabinet Wood Mackenzie, cité par le Financial Times, les réserves pourraient être au plus bas depuis cinq ans à l’entrée de l’hiver, avec des conséquences directes sur les prix et le pouvoir d’achat des ménages.
En France, moins de la moitié des capacités de stockage sont actuellement reconstituées, selon les données du Réseau européen des gestionnaires de réseau de transport de gaz. La moyenne européenne atteint environ 76 % de remplissage, un chiffre inférieur aux objectifs fixés par l’Union européenne pour cette période de l’année.
La guerre en Iran perturbe l’approvisionnement mondial
Cette situation résulte en grande partie du conflit en Iran. Le 15 mars 2026, l’immense usine de liquéfaction de Ras Laffan, au Qatar, a été prise pour cible par des frappes iraniennes. Cette installation assure 20 à 25 % de la production mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL). Selon Philippe Charlez, expert énergétique et membre du think tank Le Millénaire, « les installations gazières, notamment de GNL, ont été fortement endommagées ». Les réparations devraient prendre des mois, voire des années.
Cette destruction aggrave une tendance déjà amorcée avec la réduction des importations de gaz russe depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. L’Europe a dû diversifier ses sources d’approvisionnement et se tourner davantage vers le GNL américain, dont les tarifs sont moins compétitifs. Or ce gaz américain peut aussi prendre la direction de l’Asie du Sud-Est, également privée d’une partie du gaz qatari, ce qui tend les marchés mondiaux.
Des prix du gaz en forte hausse
Les achats de gaz s’effectuent désormais de plus en plus sur le marché « spot », c’est-à-dire au jour le jour, plutôt que dans le cadre de contrats à long terme sur 20 ou 30 ans. Ce mécanisme expose les consommateurs aux fluctuations brutales de l’offre et de la demande. « Il faut s’attendre à une forte augmentation des prix du gaz », prévient Philippe Charlez, qui n’exclut pas un risque de pénurie en cas d’hiver rigoureux.
La compétition avec l’Asie du Sud-Est pour l’accès au GNL américain pourrait en outre renchérir les approvisionnements. Les pays asiatiques, privés d’une partie du gaz qatari, se tournent vers les mêmes fournisseurs que l’Europe, ce qui crée une pression supplémentaire sur les prix. L’enjeu est d’autant plus important que l’Union européenne s’est fixé pour objectif de remplir ses stockages à 90 % de leur capacité d’ici novembre, un seuil qui paraît difficile à atteindre dans les conditions actuelles.
En France, environ 10 millions de foyers se chauffent encore au gaz. Une hausse significative des tarifs aurait donc un impact direct sur leur pouvoir d’achat, dans un contexte déjà marqué par l’inflation et la hausse des prix de l’électricité. L’Allemagne, plus dépendante du gaz que la France pour son chauffage et son industrie, serait encore plus exposée aux conséquences de cette crise d’approvisionnement.
L’Union européenne assouplit ses objectifs
Face à ces difficultés, Bruxelles a assoupli ses objectifs de remplissage des stocks pour l’automne 2026, une décision rapportée par plusieurs médias dont Euronews et La Tribune. L’exécutif européen a reconnu que les états membres ne pourraient pas atteindre les cibles initialement fixées en raison des perturbations sur les marchés mondiaux du GNL.
Les gestionnaires de réseau de transport de gaz européens ont appelé à « commencer à remplir les stockages le plus tôt possible », dans une déclaration relayée par Sud Ouest et Le Figaro. La course contre la montre est lancée pour garantir l’approvisionnement du continent avant l’hiver 2026-2027, alors que les températures hivernales pourraient aggraver une situation déjà tendue sur les marchés de l’énergie.
