La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a résilié par anticipation le contrat qui la liait à l’américain Palantir et bascule vers ArgonOS, la plateforme souveraine de l’éditeur français ChapsVision.
Un contrat résilié par anticipation
Utilisé depuis les attentats de 2015, le logiciel d’analyse de données de la société américaine Palantir devait être une solution temporaire pour la DGSI. Installé en urgence après les attaques, il a été reconduit à trois reprises, en 2019, 2022 et décembre 2025, et devait courir jusqu’en 2028, selon Le Monde. Le gouvernement a décidé de le résilier par anticipation pour des raisons d’indépendance nationale face aux risques d’ingérence ou d’interruption de service, rapporte ZDNet.
Le contrat avec Palantir, société cofondée par Peter Thiel et connue pour sa proximité avec les intérêts de Washington, était devenu un symbole de la dépendance technologique française dans le domaine sensible du renseignement intérieur. La DGSI avait lancé en 2022 un appel d’offres baptisé OTDH (outil de traitement de données hétérogènes) pour trouver une alternative française. Trois finalistes avaient été retenus en 2023 : Athea (coentreprise Atos-Thales), Blueway et ChapsVision, selon Le Monde Informatique.
ArgonOS, la plateforme française
La solution retenue est ArgonOS, développée par ChapsVision, éditeur français fondé en 2019 par Olivier Dellenbach, ancien fondateur d’eFront. La plateforme est entièrement paramétrable et modulaire : elle collecte, prépare, traite et analyse des quantités massives de données, quel que soit leur format ou leur source, et établit des liens entre les informations pour faire émerger des corrélations pertinentes, selon Le Monde Informatique.
ArgonOS propose plusieurs fonctionnalités opérationnelles : la transcription automatisée de fichiers audio en texte, la reconnaissance d’images et de visages dans des flux vidéo en continu, et le croisement de bases de données hétérogènes incluant des informations issues du Darknet. La plateforme peut également alimenter des agents d’intelligence artificielle dédiés à l’assistance aux enquêteurs, à la résolution de problèmes complexes et à l’automatisation de tâches répétitives de traitement documentaire.
ChapsVision a remporté deux lots de l’appel d’offres OTDH : fin 2024 pour le lot préparation de la donnée, et juin 2025 pour le lot modélisation, sécurisation et visualisation. L’éditeur réalise un chiffre d’affaires supérieur à 200 millions d’euros et emploie environ 1 000 collaborateurs. Il a levé 85 millions d’euros fin 2024 auprès de Tikehau Capital, Qualium Investissement, Bpifrance, Geneo Capital et Jolt Capital, et réalisé 29 acquisitions pour 350 millions d’euros, dont celle de Sinequa, spécialiste de l’IA générative pour la recherche d’entreprise, et de Coheris, Bertin IT, Vecsys et Elektron, selon ZDNet.
Un alignement franco-allemand
L’Allemagne a effectué un choix similaire. Le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV), l’agence de renseignement intérieur allemande, a également retenu ArgonOS de ChapsVision, écartant Palantir. Sinan Selen, patron du renseignement intérieur allemand, a déclaré : « Nous sommes bien avisés d’aiguiser notre focalisation européenne », selon ZDNet. Cette convergence franco-allemande constitue une étape significative dans la construction d’une préférence européenne pour les marchés publics du renseignement et de la défense.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré : « Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », rapporte ZDNet. La transition vers ArgonOS est progressive : elle inclut une phase de formation des équipes et de préparation de la migration des données, Palantir restant opérationnel pendant la bascule.
Cette décision intervient alors que le gouvernement a également présenté une feuille de route de déploiement de l’IA dans les services de l’État, avec la généralisation d’outils d’IA générative auprès des agents publics (assistant virtuel, transcription automatique, outil diplomatique DiploIA). Pour le secteur privé, ce choix envoie un signal : il est désormais possible d’envisager des stratégies de dé-américanisation des infrastructures data critiques sans sacrifices fonctionnels, selon ZDNet.
