Le gouvernement a dévoilé, mardi 16 juin, un « plan pour une IA utile, humaine et souveraine au service de l’action publique ». L’annonce a été faite par David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, lors d’un événement organisé à Bercy réunissant agents publics et acteurs du numérique français.
Ce plan intervient à la veille du salon VivaTech et après plusieurs mois de travaux préparatoires. En avril 2026, David Amiel avait déjà proposé une « négociation sociale » avec les syndicats de la fonction publique, avec pour objectif d’aboutir à un accord d’ici l’automne. La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, est intervenue lors de la matinée pour détailler les initiatives en cours.
Des outils généralisés dans l’administration
Selon le ministère, plusieurs outils d’intelligence artificielle vont être déployés dans les services de l’État. Le gouvernement entend à la fois développer de nouveaux outils et encadrer les usages déjà existants, dans un contexte où l’usage de l’IA par les agents publics s’est largement répandu sans cadre formel.
Une enquête menée auprès de 2 000 agents issus de neuf administrations, citée en avril par le ministre, révélait que plus de la moitié des agents publics utilisent déjà des outils d’intelligence artificielle en dehors de tout cadre, comme ChatGPT ou d’autres assistants conversationnels grand public. Le plan prévoit la mise à disposition de solutions internes et souveraines, développées avec des acteurs français du numérique.
80 % des agents favorables à un déploiement plus large
La même enquête indiquait que 80 % des agents publics interrogés souhaitent un déploiement plus large de l’IA dans leurs services, et que 73 % d’entre eux constatent déjà une amélioration de leur productivité grâce à ces technologies. Ces chiffres ont été présentés comme un argument en faveur d’une adoption maîtrisée et structurée.
« Le danger est d’avoir une IA clandestine qui se déploie » au détriment de la protection « de nos données et de notre indépendance », avait déclaré David Amiel dans La Tribune dimanche, plaidant pour un « dialogue social renforcé » sur le sujet.
Pour le ministre, l’enjeu est de bâtir une « IA d’intérêt général » portée par les agents publics eux-mêmes, sans dépendance vis-à-vis des grandes plateformes technologiques étrangères. Les thématiques abordées lors de l’événement de Bercy couvraient également les enjeux éthiques, la transformation des métiers et l’accompagnement des agents dans cette transition.
Une feuille de route pour l’automne
La négociation sociale engagée au printemps doit définir les usages prioritaires de l’IA, les principes éthiques, les enjeux de souveraineté et les besoins de formation des agents. L’Institut national du service public (INSP, ex-ENA) a été chargé d’adapter ses formations aux enjeux de l’intelligence artificielle.
L’événement de Bercy s’inscrit dans un calendrier plus large. En mars 2026, le gouvernement a lancé une « Revue stratégique de la fonction publique 2035-2050 », dont les conclusions sont attendues dans les prochains mois. Ce travail prospectif doit notamment intégrer l’impact des technologies émergentes sur les métiers de la fonction publique.
Le ministre a par ailleurs répété que la réduction du nombre de fonctionnaires « n’est pas le but de ce plan IA », qui vise avant tout à « libérer du temps de paperasse et gagner du temps de relations humaines ».
La France s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large. Plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni et l’Allemagne, ont également engagé des réflexions sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans leurs administrations. L’événement de mardi, qui mêlait démonstrations pratiques et témoignages d’agents de terrain, s’est achevé par un micro-tendu avec la presse à la mi-journée.
