Le gouvernement britannique a annonce jeudi 16 juillet la nationalisation du siderurgiste British Steel, auparavant propriete du groupe chinois Jingye. Cette decision, prise au nom de la securite nationale, etait attendue mais cree des tensions avec Pekin.
Le Premier ministre sortant Keir Starmer a indique dans un communique que cette mesure « garantit l’avenir de la production d’acier au Royaume-Uni, protege des emplois qualifies et preserve une capacite nationale vitale ». Le sort de l’entreprise etait en suspens depuis plus d’un an : le gouvernement en avait de facto pris le controle en avril 2025 pour eviter la fermeture des deux derniers hauts fourneaux au charbon du pays, avant de confirmer son intention de nationaliser en mai dernier.
Cette decision ramene British Steel dans le giron de l’Etat britannique apres sa privatisation en 1988. Elle a necessite l’adoption par le Parlement d’une loi speciale, qui a recu mercredi l’assentiment royal. Une nouvelle equipe dirigeante a ete nommee chez British Steel « pour se concentrer sur la stabilisation de l’activite » et en faire une « entreprise commercialement viable et a faible empreinte carbone », selon le gouvernement.
Le groupe chinois Jingye, qui avait rachete British Steel en 2020, avait annonce l’an dernier son intention de fermer les deux hauts fourneaux de Scunthorpe (nord de l’Angleterre), faute de rentabilite, avec la suppression de 2 000 postes. Apres des negociations infructueuses, le gouvernement britannique avait fait voter au Parlement une legislation d’urgence forcant British Steel a poursuivre son activite sous peine de sanctions, un episode qui avait provoque des tensions avec la Chine.
La question de l’indemnisation se pose desormais : Jingye exige une compensation integrale de la part du gouvernement britannique pour les pertes liees aux investissements effectues avant que Londres ne reprenne le controle de l’aciere. Un expert independant devra evaluer si une indemnisation doit etre versee, a precise le gouvernement jeudi.
Le ministre des Entreprises et du Commerce Peter Kyle a justifie la decision en soulignant que le pays a « besoin de cette production d’acier primaire : si elle venait a disparaitre, nous serions a la merci des marches internationaux et des approvisionnements etrangers pour le type de production qui alimente nos chemins de fer et notre secteur du batiment ». Londres a lance en mars sa « Strategie pour l’acier », avec notamment des droits de douane a 50 % et une reduction des quotas d’importations, dans l’optique de proteger une industrie siderurgique jugee vitale pour les infrastructures nationales et la defense.
Les syndicats ont applaudi la loi autorisant la nationalisation. La secretaire generale du syndicat Unite, Sharon Graham, a toutefois juge que « le travail acharne pour la maintenir en vie ne fait que commencer », appelant a un engagement pour que « les projets d’infrastructures publiques achete de l’acier britannique ».
Cette nationalisation intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre Londres et Pekin. La Chine avait mis en garde le Royaume-Uni contre une telle decision, estimant qu’elle constituait une mesure discriminatoire envers un investisseur etranger. L’aciere British Steel, basee a Scunthorpe, est l’un des plus gros employeurs industriels de la region et fournit de l’acier pour les chemins de fer, le secteur du batiment et la defense britannique.
L’opposition conservatrice a critique le cout de l’operation pour les finances publiques, sans toutefois s’opposer au principe de sauvegarde de la filiere acier. Le gouvernement n’a pas communique le montant total de la nationalisation, renvoyant a l’evaluation de l’expert independant charge du dossier indemnitaire.
Cette operation constitue un tournant dans la politique industrielle britannique. British Steel employait directement environ 4 000 personnes a Scunthorpe et soutenait plusieurs milliers d’emplois indirects dans la region des Midlands de l’Est. La fermeture des hauts fourneaux aurait entraine une dependance totale du Royaume-Uni aux importations d’acier primaire, notamment en provenance de Chine et d’Inde, pour des secteurs strategiques comme la defense et les infrastructures ferroviaires.
