Près de huit ans après l’effondrement meurtrier du pont Morandi à Gênes, la justice italienne a condamné jeudi 16 juillet l’ex-dirigeant de la société d’autoroutes gestionnaire du viaduc à 12 ans de prison pour homicide involontaire.
Un verdict au terme de quatre ans de procès
Giovanni Castellucci, ancien administrateur d’Atlantia, la maison mère d’Autostrade per l’Italia (Aspi), a été déclaré coupable d’«homicide involontaire», d’«atteinte à la sécurité des transports» et de «faux en écriture». Le parquet avait requis 18 ans et demi de réclusion à son encontre. L’ancien dirigeant était absent au moment de l’énoncé du jugement par le tribunal de Gênes.
Castellucci purgeait déjà une peine de six ans de prison pour son rôle dans un autre accident mortel survenu en 2013 sur un viaduc du sud de l’Italie. Ce nouveau verdict clôture quatre années de procédure dans ce qui est devenu l’un des plus grands procès liés à une catastrophe industrielle dans l’histoire judiciaire italienne.
43 morts le 14 août 2018
Le 14 août 2018, une portion d’environ 200 mètres du viaduc autoroutier Morandi, dans le nord-ouest de l’Italie, s’était effondrée lors d’une tempête estivale. Trente-cinq véhicules avaient basculé dans le vide, faisant 43 morts et des dizaines de blessés. Le pont supportait quotidiennement un trafic intense entre Gênes et la côte ligurienne, et reliait le port de la ville au reste du réseau autoroutier nord-italien.
L’état de délabrement de l’ouvrage a été pointé du doigt dans les enquêtes techniques et les investigations judiciaires lancées dans la foulée. La catastrophe avait profondément choqué l’Italie et mis en lumière les carences d’entretien de certaines infrastructures du pays. Elle avait également déclenché un conflit ouvert entre Atlantia, à l’époque contrôlée par la famille Benetton, et le gouvernement italien, qui a accusé l’entreprise de négligence dans la maintenance du viaduc.
57 prévenus, plus de 400 ans de prison requis
Au total, 57 personnes étaient poursuivies dans ce dossier. Parmi les accusés figuraient d’anciens dirigeants d’Aspi, des responsables de sa filiale d’ingénierie Spea, ainsi que des fonctionnaires du ministère italien des Transports. Les chefs d’accusation incluaient l’«homicide involontaire», les blessures involontaires, les «faux en écriture» et les infractions aux règles de sécurité des transports.
Le parquet avait requis un total de plus de 400 ans de prison cumulés contre l’ensemble des prévenus. Les peines réclamées allaient de deux ans et quatre mois à 18 ans et demi pour le principal accusé. Les sociétés Aspi et Spea ont en revanche échappé au procès grâce à un accord financier conclu avec le parquet en 2022. Cet accord prévoyait le versement de plusieurs millions d’euros de dédommagement et a permis d’éviter des poursuites contre les personnes morales. Le procès a été marqué par des débats techniques approfondis sur les causes de l’effondrement, opposant experts de l’accusation et de la défense.
Atlantia cède le contrôle, un nouveau pont inauguré
Le conflit entre Atlantia et l’État italien s’était soldé par la vente de la participation majoritaire de l’entreprise dans Aspi à l’organisme public Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et à des investisseurs associés. Cette opération a mis fin à la gestion privée du réseau autoroutier par la holding de la famille Benetton.
Depuis la tragédie, le pont Morandi a été entièrement démoli. Il a été remplacé par un nouvel ouvrage, le pont San Giorgio, conçu par l’architecte génois de renommée mondiale Renzo Piano, qui a travaillé bénévolement sur le projet. Le nouveau viaduc a été inauguré le 3 août 2020, moins de deux ans après la catastrophe. Le jugement de jeudi constitue une étape judiciaire importante pour les familles des 43 victimes, qui attendaient ce verdict depuis le début des audiences en 2022.
