Giovanni Castellucci, ancien directeur general de la societe d’autoroutes Autostrade, a ete condamne ce jeudi 16 juillet a douze ans de prison par le tribunal de Genes. Il etait juge pour l’effondrement du pont Morandi, survenu le 14 aout 2018, qui avait entraine la mort de 43 personnes.
Pres de huit ans apres la catastrophe, Giovanni Castellucci a ete reconnu coupable de negligence et d’homicide involontaire. « Je me sens responsable mais pas coupable », avait-il declare face aux juges, selon les propos rapportes par l’agence de presse italienne Ansa et plusieurs medias francais. Le proces, qui s’etait ouvert en 2022, a mobilise des dizaines de parties civiles et d’expertises techniques.
Un defaut de maintenance identifie
Le pont autoroutier Morandi, situe sur l’autoroute reliant l’Italie a la France, s’est effondre sous une pluie battante le 14 aout 2018, precipitant dans le vide des dizaines de vehicules et leurs passagers. L’ouvrage, inaugure en 1967, etait considere comme une prouesse technique pour son epoque mais souffrait de fragilites structurelles documentees.
L’enquete a etabli que les interventions de maintenance minimales pour renforcer les cables du pilier numero 9 n’avaient pas ete realisees entre l’inauguration du pont et son effondrement, cinquante et un ans plus tard. La fragilite des cables etait pourtant connue des gestionnaires : des travaux de renforcement avaient ete entrepris sur les piliers 10 et 11, dont la structure etait identique. Le pilier 9 devait faire l’objet de travaux similaires, qui n’ont pas ete executes a temps.
Cette catastrophe a mis en lumiere le mauvais etat des infrastructures de transport en Italie et le role trouble de la societe Autostrade, concessionnaire de l’autoroute, accusee d’avoir neglige l’entretien courant de l’ouvrage pour realiser des economies. Le gouvernement italien de l’epoque avait retire la concession a Autostrade apres le drame et engage une procedure de mise en demeure.
Un second accident mortel
Giovanni Castellucci, figure du monde des concessions autoroutieres italiennes, etait deja incarcere pour un autre accident mortel. En 2013, un viaduc dans le sud de l’Italie s’etait effondre, faisant plusieurs victimes. L’ancien dirigeant a ete condamne dans cette affaire avant d’etre juge pour la catastrophe de Genes.
Le verdict rendu par le tribunal de Genes constitue l’une des peines les plus lourdes prononcees en Italie pour une catastrophe industrielle. Les familles des victimes, qui se sont constituees parties civiles, ont salue une decision « historique » tout en rappelant que rien ne ramenera les 43 personnes disparues. Plusieurs associations de defense des victimes ont appele a des reformes structurelles sur le controle des infrastructures en Italie.
Un drame qui a marque l’Italie
L’effondrement du pont Morandi avait provoque une onde de choc dans tout le pays. La scene du viaduc sectionne, avec des vehicules suspendus dans le vide, avait fait le tour du monde. Les operations de secours avaient mobilise des centaines de pompiers et de secouristes pendant plusieurs jours, sous les yeux des medias internationaux.
Depuis cette catastrophe, l’Italie a renforce les controles de ses infrastructures vieillissantes. Plusieurs ponts et viaducs ont ete inspectes ou fermes pour des travaux de mise en securite. Le drame de Genes reste neanmoins un symbole de la degradation du reseau d’infrastructures italien et des consequences de la gestion privee des concessions autoroutieres. Le proces de Giovanni Castellucci aura au moins permis de mettre en lumiere les responsabilites dans ce qui reste l’une des pires catastrophes civiles qu’ait connues l’Italie.
