L’Insee et la Banque de France ont toutes deux revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2026. L’Institut national de la statistique table sur 0,7% quand la banque centrale n’anticipe que 0,5%, dans un contexte de hausse du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient. L’inflation repart à la hausse et le chômage s’aggrave.
Deux institutions, deux scénarios
Dans sa note de conjoncture publiée mercredi 17 juin, l’Insee estime que la croissance française atteindra 0,3% au deuxième trimestre puis 0,1% aux deux trimestres suivants, pour une progression annuelle de 0,7%. Ce chiffre est inférieur aux 0,9% qu’il anticipait. Le regain temporaire du deuxième trimestre est lié à une forte production dans les secteurs industriels comme le raffinage et la chimie, où les producteurs du Golfe ont été mis hors jeu par le conflit.
La Banque de France, qui a publié ses projections mardi 16 juin, se montre encore plus prudente. Elle ne prévoit qu’une croissance nulle au deuxième trimestre après un recul de 0,1% au premier, et 0,5% sur l’ensemble de l’année, soit 0,4 point de moins que ses prévisions de mars. L’institution justifie cette révision par une hausse du pétrole plus forte que prévu et une activité « moins résiliente qu’anticipé » au premier trimestre.
L’inflation accélère
Les deux institutions constatent un retour de l’inflation. L’Insee anticipe un taux de 2,7% sur un an en décembre 2026, contre moins de 1% avant le conflit au Moyen-Orient. La Banque de France table sur 2,5% en moyenne annuelle, contre 1,7% prévu en mars. La hausse des prix du pétrole alimentée par les tensions au Proche-Orient est le principal moteur de cette accélération. L’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs révisé à la baisse sa demande mondiale de pétrole de 1,1 million de barils par jour, un repli trois fois plus fort que sa prévision de mai.
Pouvoir d’achat et chômage en détérioration
Les ménages paient la facture pétrolière. L’Insee prévoit une baisse du pouvoir d’achat de 0,3% en 2026. Seul le SMIC, revalorisé automatiquement au 1er juin, suit l’inflation. Le taux de chômage devrait atteindre 8,4% en fin d’année, contre 7,9% fin 2025 et 7,3% fin 2024. L’institut observe que « le marché du travail se dégrade ».
Finances publiques sous pression
La Banque de France prévoit un déficit public de 5,2% du PIB en 2026, contre 5,1% en 2025, en l’absence de mesures d’économies supplémentaires. La dette publique pourrait atteindre 122% du PIB en 2028. L’institution anticipe un rebond à 0,9% de croissance en 2027 puis 1,2% en 2028, mais ces prévisions sont réalisées « dans un environnement international particulièrement incertain ».
Le gouvernement vise pour sa part une croissance de 0,9%, le Fonds monétaire international de 0,7%. La Banque de France se montre la plus pessimiste des trois.
L’Insee résume la situation d’une formule : « L’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup ». La guerre au Moyen-Orient a mis hors jeu une partie des producteurs du Golfe, ce qui profite temporairement à l’industrie française du raffinage et de la chimie, mais pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages. L’inflation était inférieure à 1% avant le début du conflit.
L’enquête de la Banque de France auprès de 8 500 chefs d’entreprise fait état d’un net coup de frein dans l’industrie, ainsi que d’un recul dans les services et le bâtiment. Une légère amélioration est attendue en juin, mais l’activité reste fragile. L’Agence internationale de l’énergie a révisé sa demande mondiale de pétrole de 1,1 million de barils par jour, un repli trois fois plus important que sa prévision de mai, signe de l’impact économique mondial du conflit.