La Republique democratique du Congo a officiellement saisi la Cour internationale de Justice (CIJ) d’une requete contre le Rwanda, a annonce ce vendredi 26 juin le ministere de la Communication et Medias.
Kinshasa accuse Kigali de violations presumees de plusieurs instruments juridiques internationaux, dont la Convention pour la prevention et la repression du crime de genocide (1948), la Convention internationale sur l’elimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965), la Convention sur l’elimination de toutes les formes de discrimination a l’egard des femmes (1979) et la Convention contre la torture (1984).
Selon le gouvernement congolais, les populations civiles de l’est de la RDC subissent depuis plus de trois decennies des massacres, des executions extrajudiciaires, des actes de torture, des violences sexuelles et des deplacements forces. La requete vise a faire reconnaitre la responsabilite internationale du Rwanda pour ces faits.
Les autorites congolaises soutiennent qu’a la suite du genocide de 1994 au Rwanda, les forces armees rwandaises, avec l’appui presume de groupes armes qu’elles auraient soutenus, ont mene plusieurs operations militaires sur le territoire congolais. Ces operations auraient vise des camps de refugies, des villages et plusieurs centres urbains de l’est du pays, provoquant d’importantes pertes en vies humaines et des deplacements massifs.
Kinshasa cite notamment l’Alliance des forces democratiques pour la liberation du Congo (AFDL), le Rassemblement congolais pour la democratie (RCD), le Congres national pour la defense du peuple (CNDP) et le Mouvement du 23 mars (M23), que la RDC presente comme des groupes armes ayant agi sous le controle du Rwanda.
La RDC demande a la CIJ de constater la responsabilite internationale du Rwanda, d’ordonner la cessation des actes qu’elle juge illicites, de prescrire des garanties de non-repetition et d’accorder une reparation integrale en faveur de la RDC et des victimes, conformement au droit international.
Cette procedure judiciaire intervient alors que les relations entre Kinshasa et Kigali demeurent marquees par de fortes tensions, sur fond d’accusations recurrentes de soutien du Rwanda au groupe arme M23, des allegations que Kigali continue de rejeter. Plusieurs puissances occidentales, dont les Etats-Unis et la France, ont appele a plusieurs reprises au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
Le conflit dans l’est de la RDC trouve ses racines dans les consequences du genocide de 1994 au Rwanda, lorsque des millions de refugies hutus ont fui vers le Congo voisin, entrainant une destabilisation regionale qui perdure depuis plus de trente ans. Les deux premieres guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003) ont implique directement les armees de plusieurs pays voisins, faisant plusieurs millions de morts, principalement dans l’est du pays.
La CIJ, siegee a La Haye, est le principal organe judiciaire des Nations unies et est competente pour trancher les differends entre Etats. Ses arrets ont force obligatoire, mais elle ne dispose pas de moyens de contrainte directs pour les faire executer. La procedure pourrait s’etendre sur plusieurs annees avant qu’un arret ne soit rendu.
Kinshasa multiplie les initiatives diplomatiques et judiciaires pour faire pression sur Kigali. En mai 2026, les Etats-Unis ont impose des sanctions economiques a l’encontre de responsables rwandais, accusant Kigali de soutenir le M23. L’Union europeenne a egalement appele a une solution diplomatique, tandis que les Nations unies maintiennent une force de maintien de la paix, la MONUSCO, dans l’est de la RDC.
Le Rwanda n’a pas encore officiellement reagit a cette saisine devant la CIJ. Par le passe, Kigali a toujours nie toute implication militaire directe aux cotes du M23 et accuse Kinshasa de soutenir des groupes armes hostiles au Rwanda, notamment les Forces democratiques de liberation du Rwanda (FDLR), issues de l’ex-Armee rwandaise et impliquees dans le genocide de 1994.
