L’entreprise américaine Anthropic a désactivé vendredi 12 juin l’accès à ses deux modèles d’intelligence artificielle les plus avancés, Claude Fable 5 et Claude Mythos 5, après une injonction du gouvernement des États-Unis qui invoque des raisons de sécurité nationale.
Un ordre reçu vendredi à 17 h 21
La directive a été notifiée à Anthropic vendredi à 17 h 21, heure de la côte Est américaine. Contrairement à ce que son libellé initial suggérait, elle ne se limite pas aux ressortissants étrangers : l’ordre s’applique à l’ensemble des utilisateurs dans le monde. Les autres modèles de l’entreprise ne sont pas visés par cette décision.
Anthropic a annoncé sur X s’être conformée à l’injonction, tout en exprimant publiquement son désaccord. D’après les informations de TechCrunch, confirmées par CNBC, le gouvernement s’appuie sur un risque de « jailbreak », une technique permettant de contourner les garde-fous d’un modèle pour lui faire exécuter des tâches non prévues par son concepteur, comme l’identification de failles de sécurité dans des logiciels.
Deux modèles parmi les plus performants au monde
Claude Mythos 5, présenté en avril 2026, est le modèle le plus puissant jamais conçu par Anthropic. Il a démontré sa capacité à détecter des vulnérabilités dans tous les principaux systèmes d’exploitation et navigateurs web sur lesquels il a été testé. Jusqu’à vendredi, son accès était rigoureusement contrôlé via le programme Project Glasswing : une cinquantaine d’organisations triées sur le volet, dont Amazon, Apple, Google, Microsoft et CrowdStrike, pouvaient l’utiliser à des fins de cybersécurité défensive.
Claude Fable 5, déployé le 9 juin, soit trois jours avant l’ordre de blocage, en était une version bridée destinée au grand public. Des restrictions automatiques y bloquaient les requêtes liées à la cybersécurité et à la biologie. Malgré ces limitations, il s’était immédiatement hissé en tête des classements Vals AI comme le modèle accessible au public le plus performant du marché.
Anthropic conteste le fondement de la décision
Dans un billet de blog publié après l’injonction, l’entreprise affirme que la faille identifiée par les autorités est « étroite et non universelle ». Elle rappelle que cette capacité, lire un code source et y repérer des vulnérabilités, est déjà disponible dans d’autres modèles publics, dont GPT-5.5 d’OpenAI, et qu’elle est utilisée quotidiennement par des professionnels de la cybersécurité à des fins défensives.
Anthropic précise que ses dispositifs de sécurité les plus stricts reposent sur des systèmes de classification indépendants du modèle lui-même. Un jailbreak, même réussi, ne permettrait donc pas d’accéder aux fonctions les plus sensibles. « Si ce standard était appliqué à l’ensemble du secteur, nous pensons qu’il stopperait tout nouveau déploiement de modèle pour l’ensemble des fournisseurs d’IA de pointe », écrit l’entreprise.
Selon le magazine Fortune, la directive interdirait également aux employés étrangers d’Anthropic d’utiliser Fable et Mythos, y compris au sein même de l’entreprise.
Un tournant pour la régulation de l’IA
Cette décision marque une étape inédite dans la régulation américaine de l’intelligence artificielle. Le magazine Time y voit le signe que Washington considère de plus en plus l’IA de pointe comme un actif de sécurité nationale, au même titre que les technologies nucléaires ou les armements avancés.
Pour Anthropic, qui a construit son image sur la sûreté de ses modèles et qui est pressentie pour une entrée en Bourse cette année, le coup est rude. Les avertissements répétés de l’entreprise sur la dangerosité potentielle de ses propres technologies, qualifiés de « marketing de la peur » par Sam Altman, le patron d’OpenAI, en avril dernier, semblent avoir attiré l’attention d’un gouvernement déjà en alerte sur ces enjeux.
La société n’a pas communiqué de calendrier pour un éventuel rétablissement de l’accès à ses modèles.
