New York devient le premier État américain à imposer un moratoire sur la construction de centres de données. La gouverneure Kathy Hochul a signé mardi 14 juillet un décret suspendant temporairement l’approbation de nouveaux permis pour les projets de grande envergure, invoquant des préoccupations environnementales et énergétiques.
Le décret s’applique aux centres de données d’une capacité de 50 mégawatts ou plus, ce qui pourrait affecter plus d’une douzaine de projets en cours. Le Department of Environmental Conservation de l’État ne délivrera plus aucun permis qui n’aurait pas déjà été finalisé.
« Le progrès ne doit pas s’accompagner d’une facture d’électricité plus élevée, d’une ponction sur les réserves d’eau ou de nuisances sonores », a déclaré Mme Hochul lors d’une conférence de presse à Brooklyn. « Ces centres de données ne pourront être construits que dans des endroits qui le souhaitent. Ils ne seront jamais exemptés des règles de zonage ni des approbations locales. »
Le moratoire sera levé une fois que l’État aura finalisé une procédure d’examen environnemental spécifique aux centres de données, un processus que la gouverneure estime à environ un an. Son administration envisage également d’exiger des exploitants qu’ils contribuent à un fonds de soutien du réseau électrique, et souhaite empêcher les centres de données à grande échelle de bénéficier d’avantages fiscaux.
Ce décret intervient alors que des mesures législatives plus strictes progressent à Albany. Le mois dernier, le corps législatif a avancé un projet de loi qui suspendrait pour un an la construction de centres de données de plus de 20 mégawatts, tandis qu’un autre texte, encore en commission, instaurerait un moratoire de trois ans.
La taille moyenne des centres de données construits ces dernières années est restée inférieure à 100 mégawatts, mais les projets en développement sont bien plus imposants, tirés par la demande croissante en intelligence artificielle. Selon BloombergNEF, près d’un quart des nouveaux centres de données qui verront le jour d’ici 2030 dépasseront 500 mégawatts.
L’idée d’un moratoire était débattue aux niveaux fédéral comme local, mais New York est le premier à la mettre en pratique. En décembre 2025, plus de 230 organisations ont appelé à une pause nationale. Le sénateur Bernie Sanders a également proposé un moratoire fédéral, sans grand écho jusqu’ici. Plus récemment, le Maine a adopté un projet de loi visant à suspendre les nouvelles constructions jusqu’en novembre 2027, mais la gouverneure Janet Mills y a opposé son veto.
Le décret de Mme Hochul pourrait créer des tensions avec l’administration Trump, qui a jusqu’ici soutenu le développement des centres de données. Le mois dernier, la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), dirigée par un proche du président, a ordonné aux gestionnaires de réseau de créer des procédures accélérées pour le raccordement des centres de données.
L’opinion publique américaine se montre de plus en plus critique. Selon un récent sondage, deux tiers des personnes interrogées se disent préoccupées par l’impact des centres de données sur les prix de l’électricité. Une étude du Pew Research Center publiée en juin indique que seuls 10 % des Américains sont plus enthousiasmés qu’inquiets par l’usage de l’IA dans la vie quotidienne.
