Plus d’un million de demandes de regularisation ont ete deposees en Espagne par des etrangers en situation irreguliere, a annonce mardi le Premier ministre Pedro Sanchez, au dernier jour du plan massif lance mi-avril.
Un plan qui depasse les objectifs initiaux
Le processus de regularisation sans precedent, lance au mois d’avril par le gouvernement socialiste, s’acheve mardi 30 juin avec un bilan qui depasse largement l’objectif initial d’un demi-million de permis. Selon le gouvernement espagnol, 360 000 dossiers ont deja ete admis, permettant aux migrants concernes d’obtenir un titre de sejour et de travailler legalement. A la mi-juin, 900 000 dossiers avaient deja ete deposes, et un rapport de la police nationale estime meme a 1,3 million le nombre total de demandes, rapporte la RTS.
Toutes les personnes interessees devaient justifier d’au moins cinq mois de presence sur le sol espagnol au 1er janvier 2026 et prouver qu’elles n’avaient pas de casier judiciaire. Les autorites disposent de trois mois pour traiter les demandes et delivrer un permis de sejour et de travail valable uniquement en Espagne.
«Une decision bonne pour notre economie»
Favorable a une politique d’accueil, le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez fait figure d’exception sur la question migratoire au sein de l’Union europeenne, a rebours du durcissement opere par de nombreux pays. «Nous voulons que le monde voie l’Espagne comme un pays qui respecte, protege et garantit les droits humains,» a declare Pedro Sanchez mardi, vantant «une decision bonne pour notre economie» tout en reconnaissant «les defis» lies a l’integration, relate l’AFP.
Ce plan est «une etape cle pour sortir de l’invisibilite une realite qui existe dans notre pays, celle de centaines de milliers de personnes qui vivent parmi nous,» a estime le chef du gouvernement, defendant une politique migratoire «legale, sure et ordonnee».
Un enjeu economique et demographique
L’immigration est «necessaire» pour soutenir «les besoins de l’economie» espagnole, l’une des plus dynamiques d’Europe, a fait valoir Pedro Sanchez, evocant le vieillissement de la societe. Sans immigration, «l’Espagne perdrait 19 % de son PIB en 2050,» a-t-il assure. Cette approche pragmatique a ete saluee par le patron de la principale organisation patronale espagnole (CEOE) dans un contexte de difficultes de recrutement dans certains secteurs.
En Espagne, l’une des principales portes d’entree de l’immigration en Europe, pres de 37 000 migrants irreguliers sont entres en 2025, un chiffre en forte baisse par rapport a 2024 (moins 42,6 %), selon le ministere de l’Interieur. Au 1er janvier, plus de 10 millions de personnes nees a l’etranger vivaient dans le pays, qui comptait une population totale de pres de 50 millions d’habitants, d’apres l’Institut national des statistiques (INE).
L’opposition de la droite et de l’extreme droite
Ce plan de regularisation massif, porte par les socialistes au pouvoir avec le soutien des syndicats, de l’Eglise, de nombreuses ONG et du patronat, suscite l’opposition de la droite et de l’extreme droite. Mardi, Pedro Sanchez a accuse le Parti populaire (droite) et Vox (extreme droite), qui demandent sa demission face aux affaires judiciaires qui s’accumulent autour de lui, d’«alimenter la peur, d’agiter des discours xenophobes». «Le vivre-ensemble n’est pas exempt de tensions, nous le savons,» a-t-il toutefois admis, disant ne pas vouloir «nier les problemes, les defis qui se dressent devant nous» mais plutot «les affronter et les resoudre».
Les migrants beneficiant de cette regularisation sont en grande majorite originaires d’Amerique latine. Malgre les critiques venues d’autres pays europeens, Madrid a maintenu ce processus, une demarche deja pratiquee a plusieurs reprises en Espagne par le passe.
Selon la RTS, cette politique a contre-courant est portee par les socialistes au pouvoir avec le soutien des syndicats, de l’Eglise et de nombreuses ONG. En pleine tourmente liee a des scandales de corruption touchant son entourage, Pedro Sanchez a fait de ce plan l’etendard de l’action de son gouvernement, a un an de la fin de la legislature.
